Les évolutions de Polly Jean

PJ Harvey à Werchter ? Oui, mais laquelle ? Celle, plutôt délurée, capable d’allumer tout le festival par ses tenues réduites et ses poses scéniques, ou celle qui, en février dernier, se produisait en robes victoriennes à l’Olympia ou au Cirque royal dans la foulée de la sortie de son dernier album, "Let England Shake" ? Réponse samedi, juste après Elbow (lire ci-dessous). L’artiste reconnaît, en tout cas, les changements.

Nicolas Blanmont

Entretien

PJ Harvey à Werchter ? Oui, mais laquelle ? Celle, plutôt délurée, capable d’allumer tout le festival par ses tenues réduites et ses poses scéniques, ou celle qui, en février dernier, se produisait en robes victoriennes à l’Olympia ou au Cirque royal dans la foulée de la sortie de son dernier album, "Let England Shake" ? Réponse samedi, juste après Elbow (lire ci-dessous). L’artiste reconnaît, en tout cas, les changements.

Changement de processus créatif, d’abord : "Ma façon de composer a beaucoup changé au fil du temps. Depuis quelques années, je me soucie d’abord de faire fonctionner les mots. Je n’écris pas seulement des chansons, mais aussi de la poésie, de la prose, et il faut d’abord que tout cela s’agence bien, et cela me prend beaucoup de temps. Il faut que ces textes fonctionnent bien, même sans ma voix, qu’ils aient encore un sens et une pertinence si quelqu’un d’autre les lit. Ce n’est qu’après avoir fini les mots que je commence à penser à la musique, et ce n’est encore qu’au stade suivant que je réfléchis au lieu, et aux gens avec lesquels je veux enregistrer."

Changement de style vocal et musical ensuite : "Depuis "White Chalk ", je me suis rendu compte que certains mots appelaient des façons de chanter différentes. Et aussi un travail nouveau sur les instruments : créer plusieurs niveaux de son, mais aussi utiliser beaucoup plus de mélodies que je ne le faisais par le passé."

On l’a vu lors de son dernier passage à Bruxelles : la PJ cru 2011 tient plus souvent l’autoharpe que la guitare. La simplicité reste toutefois de mise sur scène : "Compte tenu justement de la complexité des musiques et des textes, je préfère ne pas trop charger la dimension visuelle, et garder une certaine simplicité : une scène sombre, assez théâtrale dans son approche des lumières, peu de couleurs, peu de mouvements Le théâtre est définitivement la forme artistique qui m’inspire le plus, c’est aussi un des plus créatifs pour le moment. J’aimerais sans doute faire du théâtre un jour, mais je devrais travailler énormément avant d’arriver à quelque chose de convenable : ce n’est pas parce que je sais me tenir sur une scène de rock que je serais bonne au théâtre."

Pareilles évolutions sont sans doute naturelles - et même rassurantes - après plus de vingt ans de carrière. Polly Jean, pourtant, ne regarde que peu en arrière : "Je m’intéresse surtout à ce que je fais maintenant. Ce que j’ai fait par le passé a contribué à me construire et m’a conduite où je suis maintenant, il n’est donc pas nécessaire d’y revenir."

Werchter, samedi 2 juillet, à 19h40; Arras, dimanche 3, à 19h40.

CD "Let England shake" (Universal).