Ovni, vodka et barbus

Jeudi soir. Le nom est banal, mais la musique singulière : ceux qui ont découvert James Blake en radio par "Limit to Your Love" pouvaient se demander ce qu’il ferait sur la plaine de Werchter.

Nicolas Blanmont
Ovni, vodka et barbus
©Photo News

Jeudi soir. Le nom est banal, mais la musique singulière : ceux qui ont découvert James Blake en radio par "Limit to Your Love" pouvaient se demander ce qu’il ferait sur la plaine de Werchter. C’est effectivement un ovni, respectant sa musique au risque de laisser s’engouffrer les beuglements de l’Anouk voisine dans ses silences ou ses nuances raffinées. Assis au centre de la scène derrière ses claviers, l’Anglais laisse s’épanouir toutes les nuances de sa voix. A cappella, accompagné ou déformé au vocodeur, entre nappes de clavier et rythmique dubstep, Blake, avec son look de grand adolescent, ose jouer la carte de l’expérimental, limite un peu déprimant. Respect !

Les Queens of the Stone Age sont de retour sur cette Mainstage qu’ils connaissent si bien. Même décor que lors des concerts sold out de mai (les arches bleues reproduisant la localisation de l’assassinat de Kennedy), et un Josh Homme légèrement imbibé qui salue la foule d’un vibrant "What a beautiful fucking day". Goguenard, il annonce "I drink no more" avant d’emboucher une bouteille de vodka, et de préciser, peu après, "I drink no less". Le concert sera grandiose, d’une tension constante, avec toujours cet impeccable mélange d’une rythmique implacable, de guitares claquantes et bien dosées, et de cette voix presque douce, ce chant mélodieux qui survole joliment les riffs les plus secs. Pogo dans l’assistance jusque "No One Knows" et "A Song for the Deaf".

Eels ouvre sous la pyramide avec un magnifique "Flyswatter". On connaissait l’appendice pileux de E, mais ce sont désormais tous les membres du groupe - trois guitares dont la verte du leader, basse, batterie, saxo et trompette - qui jouent barbus comme Léopold II. Sapés chic, lunettes noires, les anguilles oscillent entre boogie et son Motown. Délicieusement roboratif. Linkin Park est la tête d’affiche de la soirée, et c’est vrai que le combo américain est celui qui draine la foule la plus dense, une foule à la moyenne d’âge tournant autour des vingt ans qui se reconnait dans ce nu métal capable de faire fuir même les parents qui écoutaient du rock dans leur jeunesse. Les membres du groupe sont répartis sur des estrades étagées, même si Shinoda et Bennington font des allers retours, haranguant un public en délire qualifié de "Fucking beautiful crowd !"

Le son semble comme compacté, avec des basses mixées très en avant et les voix en arrière, mais les effets vidéo sont impressionnants. Une brillante débauche de sons, d’images, de rythmes et de styles.

Jusqu’à la séparation de l’été 2009, Liam Gallagher n’aurait jamais accepté de jouer sur une scène annexe. La tente du Marquee est même plus clairsemée pour Beady Eye que pour Eels, mais le petit frère Gallagher n’en a cure : son nouveau groupe, formé avec les anciens d’Oasis, le rend visiblement heureux. En jean et blouson, écharpe blanche à la main, Liam attaque toujours le micro par le dessous, sa voix est de plus en plus nasillarde et son univers musical évoque plus que jamais les Beatles. Pendant que les (leurs ?) enfants s’éclatent dans la prairie voisine sur Linkin Park, les parents boivent du petit lait devant ce quasi quadragénaire toujours frais.