Les artistes flamands plus avantagés ?

Lorsque l'on écoute la radio ou que l'on regarde la télévision, on peut observer qu'il y a un manque de présence d'artistes belges dans le paysage médiatique francophone. Hors, ce n'est pas vraiment le cas en Flandre.

Les artistes flamands plus avantagés ?
©IPM / OLIVIER PIRARD
Sébastien Theys (st.)

Lorsque l'on écoute la radio ou que l'on regarde la télévision, on peut observer qu'il y a un manque de présence d'artistes belges dans le paysage médiatique francophone. Hors, ce n'est pas vraiment le cas en Flandre. Pourtant un système de quotas a été établi en 2006 pour que les médias flamands ainsi que les médias francophones diffusent davantage d'artistes locaux. A regarder de plus près, le nord et le sud n'ont pas le même pourcentage de quotas à respecter. Dans les médias du nord, la présence d'artistes flamands doit être de 20 %. Par contre, dans le sud, le quota n'est que d'environ 4,5 %. Et pour compliquer encore plus les choses, les artistes doivent chanter en français pour en faire partie. En Flandre, peu importe la langue. Une règle difficile à faire respecter selon Olivier Maeterlinck, directeur général du BEA (belgian entertainment association) : “Il y a une mauvaise interprétation du quota imposé du côté francophone mais il y a aussi la France qui a une grosse influence sur les médias dans le sud du pays. Sans parler du fait qu'il y a peu d'artistes francophones chantant en français. Lors d'une réunion avec le CSA , on a bien vu qu'il manquait de la matière pour les radios. Bel RTL et Radio Contact nous ont tout simplement dit qu'il manquait d’ artistes comme Stromae. Mais attention, les radios choisiront toujours ce qui marche bien et cette excuse les arrange bien quelque part ”. Il est vrai que l'appellation “artiste chantant en français” fait quelque peu tâche et empêche donc des artistes tels que Puggy, Ghinzu, Girls In Hawaï, etc., qui chantent en anglais, de rentrer en ligne de compte. Tandis que en Flandre, des artistes comme Ozark Henry ou Hooverphonic bénéficient, même s'il chantent en anglais, du quota flamand et d' une plus large présence médiatique. Ce qui les avantage pour entrer dans le top 10 des charts du pays.

Pour Pierre Adam, conseiller de la cellule « culture » à la Fédération Wallonie-Bruxelles, il s'agit tout simplement d'”un manque de volonté des médias francophones de diffuser des petits artistes belge”. Ce dernier précise : “c'est une question de politique au sein de chaque média. Evidemment ceux-ci vont toujours diffuser ce qui fonctionnera bien. Oui, il y a des quotas mais ce n’est pas ça qui changera la donne”. Fadila Laanan, ministre de la culture, avait déjà pourtant précisé lors d'une conférence de presse en 2010, l'importance pour les télévisions locales d’être “sensibles à la diffusion sur le territoire de Wallonie et de Bruxelles d'artistes de la Communauté française”.“La Flandre cultive plus la notoriété de ses artistes à travers ses médias. Côté francophone, il y a encore un travail à faire” souligne Olivier Maeterlinck.

La percée des médias français dans le paysage audiovisuel francophone belge est également l'une des causes de ce manque d'exposition : davantage de moyens et plus attractif pour le téléspectateur belge. Les médias néerlandophones, eux, se sont coupés de l'influence de leur voisin hollandais et ont cultivé davantage le divertissement notamment grâce à l'arrivée de la chaîne VTM en 1989. Une chaîne de télé qui met en avant des émissions “populaires et de spectacles”. Depuis la musique flamande s'est beaucoup plus popularisée. Pierre Adam explique: “ L'exposition médiatique d'artistes flamands dans le nord peut s'expliquer par le fait que les flamands sont fiers de leurs artistes et qu'ils sont curieux. C'est une question de mentalité. Nous avons eu un retard à un moment donné mais depuis on s'est quand même bien rattrapé”.

Cette exposition médiatique avantageuse pour les artistes, en Flandre, s’expliquerait donc en partie par cette fierté ressentie vis-à-vis des enfants du pays. Dans le sud, ce n'est pas encore vraiment le cas, la balle est dans le camp des médias.