Les disquaires disparaissent, le téléchargement légal progresse

La disparition, en 2009, de la chaîne de magasins Extrazone due à la faillite de la société Sonica, spécialisée dans la vente de CD et DVD, a été l'un des signales fort du déclin du marché du la musique en Belgique. Pourtant, certaines chaînes spécialisées dans la vente de disques résistent. Leur solution: casser les prix et proposer l’achat en ligne de disques parmi un large panel d'artistes.

Les disquaires disparaissent, le téléchargement légal progresse
©Sébastien Theys
Sébastien Theys (st.)

La disparition, en 2009, de la chaîne de magasins Extrazone due à la faillite de la société Sonica, spécialisée dans la vente de CD et DVD, a été l'un des signales fort du déclin du marché du la musique en Belgique. Elle n’avait d'ailleurs pas retrouvé preneur car la reprise du groupe avait été jugée trop risquée et peu rentable par le milieu professionnel. Pourtant, certaines chaînes spécialisées dans la vente de disques résistent. Leur solution: casser les prix et proposer l’achat en ligne de disques parmi un large panel d'artistes.«Les magasins comme Free Record Shop arrivent à se maintenir car ils proposent des prix intéressants et offrent surtout un assez large catalogue en ligne» souligne Cindy Van Mulders, Business Consultant à l'institut d'étude de marketing GFK, lors de la conférence de presse sur l’évolution de la consommation de produits de divertissement. C’est en effet grâce au catalogue en ligne que certains secteurs arrivent à garder la tête hors de l’eau. Mais certains disquaires indépendants préfèrent encore compter sur le passage et la fidélité de leur clientèle plutôt que de développer leur activité sur la toile. Yves Sandler, propriétaire du magasin Goupil-O-Phone à Bruxelles, explique : “J’ai déjà beaucoup de boulot avec le magasin. M’occuper d’un site internet ne m’intéresse vraiment pas. Il est claire que le marché de la vente de musique en ligne prend de plus en plus d’ampleur et on le voit bien avec des plates-formes de vente comme I-tunes. Et c’est tant mieux pour les artistes, les gens prennent en quelque sorte conscience que tout n’est pas gratuit et qu’il y a des gens qui travaillent derrière la musique qu’ils téléchargent. Par contre pour nous, c’est une autre paire de manche”.

Il reste, tout de même, des périodes de fluctuation pour les disquaires, ce sont celles des fêtes de fin d'année. C'est durant cette période que les affaires reprennent et que les chiffres remontent chez les spécialistes de la musique. “C'est indéniable, le cd devient un cadeau que l'on offre à Noël ou aux anniversaires. On le constate clairement. Durant les fêtes de fin d'année, les rayons sont pris d'assaut par les clients et pour les distributeurs, c'est un rendez-vous crucial à ne pas rater” précise une des conseillères en musique d'un des magasins Fnac situé à Bruxelles. Le cd devient donc un objet, un peu à l'image du vinyle qui a fait un retour sur le devant de la scène ces dernières années. Un travail minutieux sur le packaging d'un album est donc fait par les maisons de disques pour rendre l'album le plus attractif possible. On peut prendre comme exemple le dernier album “I'm With You” des Red Hot Chili Peppers qui a été commercialisé avec un t-shirt.

Mais le problème reste la génération née à l'ère du téléchargement qui a de moins en moins le réflexe d'aller acheter de la musique et encore moins un disque. Ce qui ne plaît pas forcément au Majors qui voient ainsi leur public cible le plus rentable leur filer entre les doigts.Yves Sandler, constate ce phénomène dans son magasin : «Les gens de passage dans mon magasin sont essentiellement des personnes d’un certain âge et plus marginalisées. Les jeunes n’ont plus le réflexe, comme autrefois, de se rendre chez un disquaire, de demander conseil au vendeur. Je pense que le consommateur de musique a besoin d’éducation et c’est là que le disquaire fait son travail. Il guide et conseille le client dans ses choix. Pour moi, l’oreille doit se forger au fur et à mesure et c’est grâce au disquaire que le client découvre des petits groupes sympa qui prennent de la notoriété par la suite». En conséquence, c’est vers les grosses enseignes (Fnac, Mediamarkt, etc.) que la musique trouvera le plus de preneurs. Un artiste qui fonctionne bien bénéficiera d'un stock conséquent, ce qui n'est plus le cas pour le petit disquaire qui est contraint de commander le disque à l'unité afin d'éviter les invendus. Mais l'abondance d'artistes sur le marché pose également problème car la musique se consomme au single.Yves Sandler rétorque: “les gens n’ont pas le temps de s’habituer à un artiste qu’il y en a déjà un autre sur le marché. On consomme la musique à une vitesse folle”.

Selon les récents chiffres du BEA (Belgium Entertainment Association) en relation avec le GFK concernant l’évolution de la consommation de produits de divertissement, le marché de la musique en Belgique représentait, en 2010, près de 9,3 millions d'euros de perte mais il apparait une augmentation, non négligeable, du marché légal du téléchargement. Olivier Maeterlinck, directeur du BEA, explique: “en dix ans, le marché du disque à chuté, le cd est clairement en train de disparaître. Aujourd'hui, il y a un marché du téléchargement légal qui est en pleine augmentation. Il faut continuer à sensibiliser les gens sur ces plateformes légales ”.

La question aujourd'hui est donc d'essayer de promouvoir, coûte que coûte, le téléchargement légale afin de contrer le téléchargement illégal. Les disquaires, quant à eux, ont bel et bien été relayés au second plan.