Charlie Winston, toujours en cavale...

Hobo de coeur et toujours globe-trotter, voilà que Charlie Winston (Gleave) repointe le bout de sa guitare depuis peu sur les ondes hertziennes, avec le single très catchy "Hello Alone" issu de son dernier album en date.

Entretien, Nicolas Capart
Charlie Winston, toujours en cavale...
©Pias

Hobo de coeur et toujours globe-trotter, voilà que Charlie Winston (Gleave) repointe le bout de sa guitare depuis peu sur les ondes hertziennes, avec le single très catchy "Hello Alone" issu de son dernier album en date. Si Jean-Jacques Goldman marchait seul, le Britannique, lui, court en solo, cravate dénouée, chemise débraillée et lacets défaits sur la pochette de "Running Still" et tout au long d’un troisième opus où le musicien semble s’être fait plaisir. C’est la meilleure parade qu’a trouvé ce jeune trentenaire pour déjouer le piège des lendemains d’énorme succès, et la formule lui sied comme un Borsalino. Toujours Parisien d’adoption et de résidence, le bellâtre des Cornouailles était en Belgique en ce frisquet mois de décembre pour balancer ses notes et son joli sourire à Forest National, au profit de l’association mélomane "Make a Wish". L’occasion pour nous de stopper sa course un instant dans le hall d’un hôtel huppé de la capitale, et de causer oxymores, beatbox (cf. le titre "Speak to Me"), famille élargie et baguettes à l’ancienne. Un vrai menu de fêtes au son matinal des couverts qui se heurtent et sur un fil de piano guindé... "Cette musique est abominable, non ? " s’interroge notre interlocuteur. Déjà un point d’accord.

Deux années ont passé depuis le précédent “Hobo” de platine, et l’on vous retrouve sur la couverture de “Running Still” arborant un look de jeune cadre dynamique, même en bout de course. Charlie Winston n’est donc plus “vagabond” ?

Finalement, je ne sais pas vraiment à quoi ressemble un "hobo". Sans doute pas à cette photo. S’imaginer qu’un vagabond ait telle ou telle allure serait une sorte de stéréotype. Certes assumé... Mais c’est exactement la raison pour laquelle je ne voulais pas arborer un look de "hobo" pour ce retour. Après le succès du deuxième album, j’ai réalisé que je m’étais moi-même enfermé dans ce schéma, dans ce stéréotype. Une maladresse car, pour moi, il s’agissait davantage d’une façon de penser, de vivre ou de respirer que d’une manière de s’habiller ou autre. Comme l’esprit punk, un élan libertaire... Avec ce troisième album, cela devait changer, car si le public attendait de moi que je joue un personnage bien précis, ça m’enlèverait ma liberté d’artiste. Mais cette envie, ce besoin d’être libre et d’aller où bon me chante, sont toujours présents et ont guidé mes pas pour façonner "Running Still". J’aime d’ailleurs la manière dont je semble voler sur la pochette du disque. J’aime ce flottement, cette liberté, cette antigravité...

Le voyageur que vous êtes donc toujours vient de boucler une bien longue tournée. Quelle destination vous laisse le meilleur souvenir ?

J’ai une toute petite mémoire et je me souviens rarement des anecdotes récoltées en tournée. Mais j’ai un excellent souvenir de la ville de Toronto et, plus largement, de toute les dates où nous avons joué au Canada. On y a rencontré une audience plutôt étudiante, l’ambiance y était très sauvage et les concerts vraiment rock’n’roll. Tout les membres du groupe se sont particulièrement éclatés là-bas. Puis on a eu quelques aventures, notre bus est tombé en panne au milieu de nulle part. Il y avait deux mètres de neige tout autour de nous, on a pas pu bouger pendant 48 heures. C’était... intéressant ! J’ai même écrit une chanson sur ces deux journées, intitulée "Stuck on a Bus in the Middle of Canada". Un très mauvais morceau en fait...

Pour un nomade, vous êtes ancré dans l’Hexagone depuis un bon moment...

Je voyageais de gauche à droite jusqu’à ce que je rencontre cette famille, en France, qui m’a immédiatement ouvert les bras et accueilli au sein de son foyer. Ils aimaient ma musique, et étaient intéressés par mon parcours, ce que j’avais déjà fait, ce que je voulais faire... Parmi eux, il y avait Medi (chanteur niçois qui sera plus tard batteur de Charlie Winston, NdlR) avec qui ça a immédiatement collé. Ensuite, ils ont voulu organiser une fête en mon honneur, avec tous leurs amis, pour que je puisse y jouer. Puis d’autres de leurs amis présents m’ont apprécié, et invité à leur tour à jouer dans leur maison... Encore et encore, jusqu’à ce que se crée toute une communauté de gens m’ayant accueilli comme un des leurs... C’est ça, la France, pour moi.

Pourquoi avoir changé en dernière minute le titre de votre album ?

J’ai toujours aimé les oxymores, ils permettent d’exprimer tant de choses. Ainsi, "Hello Alone" traite à la fois du plaisir d’être seul et de la solitude. Mon premier groupe s’appelait d’ailleurs The Oxymorons.. Aujourd’hui, notre bande est toujours un véritable oxymore et nous sommes tous très différents : Medi la vieille diva soul, Daniel échappé d’un vieux porno seventies, Ben le gourrou hippie... et moi. Pour ce qui est de ce titre, je suis toujours en train de courir. Mais dans "Still Running", le premier mot ne renvoie qu’à l’idée d’encore. En inversant, on y ajoute la signification "calme". Toujours en mouvement donc, mais d’une foulée sereine.