Lana Del Rey: sous les lèvres, les notes?

Que celui qui n’a jamais entendu parler de la demoiselle se prenne la première pierre.

Nicolas Capart
Lana Del Rey: sous les lèvres, les notes?
©reporters

Que celui qui n’a jamais entendu parler de la demoiselle se prenne la première pierre. Telle assertion apparaît, certes, un rien exagérée, mais on n’en est pas si loin finalement. A l’heure du world wide web cuvée 21e, de l’air wi-fi dans les fast food et de l’information deux - voire trois - point zéro galopante, le nom de la starlette américaine qui buzze plus vite qu’elle ne chante résonne même aux oreilles de vos collègues les plus largués. Et vous ne tarderez sans doute pas, jeunes gens, à essuyer un furtif mais éloquent "elle chante pas mal cette Lana Del Rey" de la bouche de votre oncle lors d’un prochain dîner de famille.

En deux clips et quelques râles suaves, la New-yorkaise de vingt-cinq ans s’est mis tout le monde dans la poche. Avant même de voir poindre le moindre disque, la voilà déjà érigée au rang de révélation de l’année et labellisée star montante, propageant ses vidéos bricolées sur Youtube et son nom de scène exotique sur les réseaux sociaux à la manière d’une mycose boulimique. A l’entendre parler du choix de son pseudo aux accents méditerranéens, on devine rapidement la malice et le bon sens commercial de cette jeune artiste ambitieuse. "Je voulais un nom autour duquel je pourrais construire la musique. De nombreux voyages à Miami auprès de mes amis cubains m’ont inspiré Lana Del Rey, qui évoquait le glamour du bord de mer et sonnait parfaitement du bout de la langue " L’avatar n’est pourtant autre que la combinaison du prénom de l’actrice hollywoodienne Lana Turner et de la fameuse Del Ray, classique de Chevrolet dans les années cinquante. Il aura en tous cas inspiré ses nombreux détracteurs et donné lieu à plus d’un jeu de mots douteux.

Si la qualité du morceau qui la révéla - le désormais célèbre "Video Games" - ne souffre point de discussion, la pauvre Lana risque de courir derrière un tel succès sans le réitérer durant toute sa carrière. D’autant que, depuis les bruissements initiaux, quelques sorties de route en live ont, déjà, effrité le mythe. Et d’aucuns de se demander aujourd’hui si la miss manufacturée ne nous a pas tendu un traquenard. Au premier regard, la donzelle déploie l’attirail parfait de la fille qui les énervera toutes. Et du même coup de celle qui séduira nombre de ces messieurs. La panoplie complète : yeux de biche, grands fards à paupières, cils kilométriques, blush pas farouche, lèvres arrogantes sur lit de botox, rouge écarlate, garde-robe vintage-chic, grain de voix sensuel, phrasé poseur et faux airs de calendar-girl. Mais, une fois le passé déterré, la crainte du tout superficiel installée, la gent masculine doute à raison du minois de la belle au réveil. Et le sexe dit faible de sourire en coin.

Car la rouquine est née brune et a connu l’infortune étant blondinette. Celle du flop d’un premier disque sous son vrai nom, Lizzy Grant, complètement passé à la trappe et sur la pochette duquel la belle gosse affiche moins bonne mine qu’aujourd’hui. Une tignasse platine et un teint pâlot, probable conséquence d’une adolescence chahutée par des soucis de drogues et d’alcool, qui voit la rebelle Elizabeth placée à quinze ans par ses parents dans un internat du Connecticut. De là vient sans doute son penchant pour le tragique, l’amour et le morbide. Pourtant, au fil de ce premier chapitre publié en janvier 2010, la voix est déjà là. Mais l’emballage (médiatique) fait encore défaut.

Que s’est-il donc passé dans l’intervalle ? Entre les ratés et les projets passés - comme Sparkle Rope Jump Queen dès 2008 ou, plus tard, Lizzy Grant and the Phenomena - et la gloire soudaine qu’elle croque aujourd’hui. Un relooking en règle, c’est sûr. Quelques conseils avisés de papa Rob Grant, gestionnaire de noms de domaine sur internet, probablement. Un magistral "Video Games", évidemment. Et beaucoup de travail, pour aboutir à "Born to Die", second "premier" album de la rebaptisée Lana Del Rey. Faisant fi des critiques en série tirant à boulets rouges sur l’interprète et ses pas hésitants sur les planches, nous attendrons de voir ce qu’il en est face à la scène. C’est donc une oreille consciencieuse que nous avons posé sur ce nouvel opus très attendu, qui ne nous a pas déplu. Pas vraiment plu non plus du reste. L’auto-proclamée Nancy Sinatra gangsta s’y envole bien une fois ou l’autre, sur un air de "Blue Jeans" ou en crooneuse jazzy sur "Million Dollar Man". Mais on cherche encore des notes attestant des influences dont Lana se targue, d’Elvis à Kurt Cobain. Britney Spears par contre, dont elle se revendique aussi, est davantage présente. A plusieurs reprises on ressent les envies de groove et le phrasé hip hop de la chanteuse, de "Off to the Races" au bien nommé "Radio". Certains rêvaient Lana del Rey en rockeuse iconique, cet album la révèle reinette pop. Pas plus.


Un disque : Lana del Rey, "Born to Die" (Interscope/Polydor/Universal)