La Grande Sophie, obsédée par le temps qui passe

À 42 ans, la chanteuse française revient avec un 6e album très réussi, intitulé La place du fantôme.

Propos recueillis par Ludivine Nolf
La Grande Sophie, obsédée par le temps qui passe
©Alexis Haulot

La Grande Sophie mesure 1m75. Voilà pourquoi elle se fait tout simplement appeler la Grande Sophie. Mais cette chanteuse longiligne aux longs cheveux noirs a également tout d’une grande artiste française. Présente depuis 20 ans dans le paysage musical français, elle est de retour après 3 ans avec son 6e album La place du fantôme. Son premier single Ne m’oublie pas, qui passe actuellement sur les ondes, jouit d’un joli succès. La chanteuse de 42 ans sera également aux Nuits Bota en double affiche avec Anaïs. Elle nous parle de ses projets.

Vous dites que La place du fantôme est l’histoire d’une présence que vous sentez mais que vous n’avez finalement jamais trouvée. De quoi s’agit-il ?

“Dans cet album, je raconte mon histoire. Disons que je m’en suis servie comme espace pour côtoyer à la fois des obsessions très présentes mais aussi toutes ces voix et toutes ces voies qui me permettent de dépasser tout ça. La place du fantôme parle de cette période de ma vie, c’est comme un remède, un exutoire à toutes mes angoisses. Mais je m’en suis créé aussi, des fantômes !”

Mais quelles sont-elles, ces angoisses ?

“C’est le temps qui passe, ce fichu temps qui passe. C’est un thème qui ne me lâchera pas. Je l’évoque notamment dans N e m’oublie pas, dans Sucrer les fraises, dans Tu fais ton âge…”

On dit qu’à 40 ans, on se sent mieux qu’à 30 ans et encore mieux qu’à 20 ans. La quarantaine épanouie, ce n’est pas pour vous ?“C’est vrai que 40 ans, c’est l’occasion de faire un bilan… Cet album est un peu miroir, mais il explore plusieurs facettes sonores. Le son est différent, dans les accords, dans les mélanges de basse, dans le synthé… Alors oui, il est mélancolique mais avec les trois musiciens avec qui j’ai travaillé, ce qu’on retient, c’est qu’en studio on a beaucoup ri. Il y a une réelle fraîcheur.”

Qui est Suzanne, cette jeune femme dont vous parlez dans votre album ?

“Suzanne vient de mon imagination. Elle a été mon épaule pendant cette période de ma vie, un témoin de mon histoire. Maintenant, j’aime aussi laisser une part d’imaginaire, de mystère. Quand les gens viennent me voir après un concert, ils me parlent de leur façon d’interpréter mes chansons et ça n’a souvent rien à voir avec la mienne. Je trouve cela très enrichissant.”

L’album comporte dix titres. C’est étonnamment peu…

“C’est vrai, mon tout premier album comportait 19 titres ! Mais ici, j’ai voulu m’arrêter à dix chansons, pour pouvoir les soigner, les choyer, les pousser jusqu’au bout.”

Cela fait 20 ans que vous existez dans le paysage musical français. Comment vivez-vous le fait d’être devenue une référence, au même titre que Zazie par exemple ?

“Je ne me pose pas la question. Je n’ai qu’une vie, c’est celle d’évoluer, d’aller toujours plus loin. Je me demande toujours dans quelle direction je vais aller. J’essaye toujours d’évoluer. Je suis très indépendante dans le sens où j’aime organiser mes chansons, les écrire, leur donner un arrangement.”

Avec qui souhaiteriez-vous faire un duo ?

“Alors, ça, ça fait partie des belles surprises… Je ne préfère pas me dire que je voudrais travailler avec l’un ou l’autre artiste. Vous savez, quand Françoise Hardy et Sylvie Vartan m’ont choisie, j’ai été très touchée. C’était vraiment une surprise. Le temps qui passe a des côtés négatifs mais aussi positifs, ce qui est le cas ici. C’est au fur et à mesure qu’on vit ces surprises.”

Quels artistes français actuels admirez-vous le plus ?

“Je suis très curieuse, j’écoute de tout ! J’aime beaucoup Catherine Ringer, les Françoise, Camille… Je connais les albums de ces artistes, je suis en fait très sensible aux voix féminines. je reste une inconditionnelle de Chrissie Hynde, des Pretenders, de Suzanne Vega, de Double 6… J’écoute du jazz aussi.”

Allez-vous parfois les voir en concert ?

“Oui, dès que j’en ai l’occasion ! Mais ça dépend de là où je me trouve, si je suis en tournée, en concerts…”

La scène vous a-t-elle manqué ces trois dernières années ?

“Ah, ça fait un moment que j’attends de revenir sur scène ! Là, je joue mes tout premiers concerts. Je suis en Belgique pour faire des showcases. C’est gai de retrouver le public, je sens en outre que les gens sont nombreux. J’aime la scène. Chaque concert est vraiment unique.”

Quel regard portez-vous sur les années 90, qui ont vu vos débuts en tant que musicienne ?

“J’ai des souvenirs très tendres des années 90. Je commençais alors à me produire dans des petits bars, des milieux associatifs… Je n’avais pas d’autres alternatives. Pour moi, les années 90 resteront toujours importantes, très précieuses.”

Votre voisin avec qui vous aviez monté un groupe à l’âge de 13 ans en compagnie de votre frère fait-il encore partie de vos amis ?

“Oui, bien sûr ! Mais on se voit peu, chacun a sa vie… J’étais encore collégienne à l’époque !”

Vous écoutez-vous souvent ? Dans la voiture, par exemple ?

“Pas du tout ! Quand un album est terminé, je passe à autre chose. Par contre, lorsque je remonte sur scène, je choisis dans mes albums précédents quelles chansons je vais chanter. Je pioche dedans, je me dis tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas chanter celle-là, je vais l’arranger autrement… C’est vrai que ce sont à ces moments-là que je me réécoute.”

Peut-on dire de vous que vous êtes une rockeuse ?

“Je n’aime pas tellement me classer dans une catégorie. je n’aime pas la sensation d’être étriquée. Je ne me dis jamais tiens, je vais faire du rock !”

Êtes-vous plutôt acoustique ou synthétique ?

“Disons que sur cet album, c’est un savant mélange des deux.”

Vous avez créé la kitchen music, que vous avez défini comme un mouvement du milieu des années 90 qui considère l’activité musicale comme peu différente de toute autre tâche quotidienne. Est-elle toujours d’actualité ?

“Oui, c’est toujours d’actualité. J’avais créé ce terme justement pour éviter qu’on me mette dans une boîte !”

À quel point aimez-vous la mode ?

“J’aime l’élégance. J’aime bien m’habiller pour la scène. Je porte beaucoup de robes, elles me permettent de bouger librement. Je m’y sens très l’aise. J’aime aussi porter des costards féminins, cintrés. C’est vrai, j’aime bien me faire plaisir !”

Vous avez toujours été discrète sur votre vie privée…

“Oui, toujours !” (Rires)