"Dr Dee", l’opéra masqué

En 2007, le Manchester festival avait accueilli la création de "Monkey Journey to the West", le premier opéra de Damon Albarn, adaptation d’une légende chinoise réalisée en collaboration avec Jamie Hewlett.

Nicolas Blanmont
"Dr Dee", l’opéra masqué
©smith

En 2007, le Manchester festival avait accueilli la création de "Monkey Journey to the West", le premier opéra de Damon Albarn, adaptation d’une légende chinoise réalisée en collaboration avec Jamie Hewlett. L’été passé, le festival mancunien voyait la première de son deuxième opéra, "Dr Dee", consacré la figure historique de John Dee (1527-1608), célèbre mathématicien, astronome et astrologue de la Reine Elisabeth I.

Fin juin et début juillet, "Dr Dee" sera à l’affiche de l’English National Opera à Londres dans une mise en scène de Rufus Norris, homme de théâtre britannique pour le nouveau film duquel Albarn vient aussi de signer la bande sonore. Et le disque, qui sort ce lundi, contient l’essentiel de sa musique, même s’il avance caché : comme pour ne pas faire peur aux fans du chanteur et autres acheteurs potentiels, le mot "opéra" n’y apparaît nulle part, et la partition est découpée de façon parfois arbitraire en dix-huit plages de taille "traditionnelle". Pourtant, si Albarn chante parfois (un tiers des morceaux) et sera d’ailleurs sur scène pour les représentations à l’ENO, il y a bien plus ici que ces - excellentes - chansons où l’on reconnaît immédiatement sa voix caractéristique et son sens de la mélodie. C’est un véritable opéra coupé en tranches plus qu’une suite de chansons, avec certains "titres" qui comprennent des changements de tonalité, de structure ou d’accompagnement.

Opéra véritable, mais assurément atypique dans sa musique : "Dr Dee" est en fait un étonnant mélange de styles : médiéval et renaissance, rock et opéra, musique sacrée ou musique répétitive. Autour d’Albarn (guitares, harmonium, voix), des musiciens rock mais aussi classiques (viole, théorbe, orgue) ou africains (kora, percussions) ainsi qu’un orchestre, le BBC Philharmonic, dirigé par André De Ridder (qui avait déjà dirigé "Monkey" et certaines partitions de Johnny Greenwood de Radiohead). Autour de lui aussi, un chœur et d’autres chanteurs solistes qui incarnent apparemment d’autres personnages de l’opéra (la pochette est avare de détails et ne comprend pas les textes chantés), parmi lesquels le contre-ténor anglais Christopher Robson, connu pour sa participation à divers enregistrements de musique baroque. Le tout est produit par Valgeir Sigurosson, qui a notamment collaboré avec Björk, Camille, Bonne Prince Billy ou Feist.

CD Parlophone 509999538925, EMI; www.dr-dee.info