Mariee Sioux, Cheyenne de vie

Une fille, une guitare, une voix. La formule est vieille comme le monde, mais garde, au fil des époques, un succès indéniable. Ressortent, dès lors, du lot, celles qui trouveront l’ingrédient ou le supplément d’âme qui fait mouche. Curieusement, ces dernières années, trois compositrices/interprètes, qui ont fait la différence, venaient de la même petite ville de l’ouest des Etats-Unis, Nevada City (Californie). La première, Joanna Newsom a choisi de se distinguer en troquant la guitare contre une harpe. La deuxième, Alela Diane, a fait forte impression, en 2006, avec son premier album "The Pirate’s Gospel" qui mêlait gospel, country et blues pour un résultat qui sentait la poussière, le travail à la ferme et les virées au ranch. Elle s’est, depuis, dirigée vers une americana plus aseptisée. Dommage. On se consolera avec son amie et collaboratrice occasionnelle, Mariee Sioux. Après deux albums autoproduits, elle se révèle, en 2007, avec "Faces in the rock". Sa formule à elle est la plus simple : des arpèges innocents et une voix d’où se dégage une impression de pureté. L’ingrédient qui fait la différence ? La flûte amérindienne qui vient hanter les différents morceaux. Le supplément d’âme ? Une aura de mystère, un trouble né de l’atmosphère de spiritualité naturaliste qui imprègne un album désarmant.

Pascal De Gendt

Une fille, une guitare, une voix. La formule est vieille comme le monde, mais garde, au fil des époques, un succès indéniable. Ressortent, dès lors, du lot, celles qui trouveront l’ingrédient ou le supplément d’âme qui fait mouche. Curieusement, ces dernières années, trois compositrices/interprètes, qui ont fait la différence, venaient de la même petite ville de l’ouest des Etats-Unis, Nevada City (Californie). La première, Joanna Newsom a choisi de se distinguer en troquant la guitare contre une harpe. La deuxième, Alela Diane, a fait forte impression, en 2006, avec son premier album "The Pirate’s Gospel" qui mêlait gospel, country et blues pour un résultat qui sentait la poussière, le travail à la ferme et les virées au ranch. Elle s’est, depuis, dirigée vers une americana plus aseptisée. Dommage. On se consolera avec son amie et collaboratrice occasionnelle, Mariee Sioux. Après deux albums autoproduits, elle se révèle, en 2007, avec "Faces in the rock". Sa formule à elle est la plus simple : des arpèges innocents et une voix d’où se dégage une impression de pureté. L’ingrédient qui fait la différence ? La flûte amérindienne qui vient hanter les différents morceaux. Le supplément d’âme ? Une aura de mystère, un trouble né de l’atmosphère de spiritualité naturaliste qui imprègne un album désarmant.

Il n’en fallait pas plus pour faire tourner le moulin à légende : Mariee Sioux avait été élevée dans une réserve indienne par des parents qui respectaient croyances et coutumes ancestrales. La réalité est plus pragmatique : le sang qui coule dans ses veines est bien amérindien (mais pas Sioux) du côté de sa mère, mais il est aussi polonais et hongrois du côté paternel. Et si ces deux parents, qui tenaient une ferme bio, l’ont bien élevée dans le respect de la nature, elle se trouve plutôt du côté de Laura Ingalls (La Petite Maison dans la Prairie) que de Pocahontas. De là à l’imaginer gambader dans les champs et parler aux arbres et animaux, il n’y a qu’un pas. "Ça devait m’arriver dans mes bons jours, pouffe-t-elle. "J’ai grandi à la montagne, le voisin le plus proche était à 20 minutes en voiture. Dans ces conditions, un enfant développe son imaginaire, se construit son propre monde. Je suis toujours un peu comme ça, parfois."

Cette insouciance enfantine, on ne la retrouve pas sur son nouvel album "Gift for the end" où elle emmène ses compositions se promener d’un côté plus sombre. "C’est difficile de ne pas ressentir de tristesse à propos de comment les choses sont en train de tourner dans notre société. Parfois, tu as juste envie de crier : venez me tirer de là ! L’album reflète aussi quelques événements intenses dans ma vie ces dernières années. J’ai fait l’expérience de la perte : celle de proches, mais aussi d’amitiés ou de projets d’avenir dont j’ai dû faire le deuil." Comme celui de sauver baleines et dauphins et d’étudier les fonds marins. "Mon plus gros défi personnel aujourd’hui est de me dire que je vivrai, peut-être, de la musique toute ma vie. Cela peut paraître évident de l’extérieur, mais pour moi, cela reste flou." Elle aurait pourtant tort de ne pas y croire. Mariee Sioux vient de passer avec une mention "très bien" un premier examen, celui du deuxième album. Si sa guitare et sa voix restent les éléments principaux, d’autres instruments trouvent désormais leur place dans son univers intimiste - un piano électrique Wurlitzer, un piano classique, une guitare électrique à l’occasion, des touches de synthé - en lui donnant une coloration toute particulière. Entre héritage du passé et modernité avec même des effluves de psyché-folk anglais. "C’était vraiment excitant. Pour l’album précédent, je n’avais pratiquement pas d’expérience dans la musique. On avait tout enregistré en sept jours de manière très instinctive. Cette fois, je suis arrivé en studio avec des idées, et Sean (Sean Kae, à la fois producteur de l’album et petit ami , NdlR) en avait aussi, et le désir d’utiliser certains instruments." Avec tout de même un gros point commun avec son œuvre précédente : la spiritualité douce qui se dégage de l’ensemble. "Je ne suis pas un chemin spirituel particulier ou quelque chose du genre. C’est quelque chose de naturel. Peut-être parce que la musique est ma manière de me connecter à quelque chose de supérieur." Si vous avez envie de vous couper quelques minutes, ou plus, de l’agitation ambiante ou que vous aimez goûter aux plaisirs simples, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

"Gift for the end" (V2). En concert aux Nuits du Botanique, le 16 mai au Museum.