Andrey Baranov et Stefan Tarara créent l’euphorie

Premier concertiste de la soirée, le Russe Andrey Baranov, 26 ans, aborde Mozart (3e concerto) sur un mode allant, tonique et gracieux que son imposante stature n’aurait pas laissé soupçonner. Sonorités chaudes, phrasé cultivé, articulations délicates, ce Mozart est plein d’esprit, malgré quelques accrocs. Dans l’adagio, tendre et fervent, la forte personnalité du violoniste, relayée par le chef, semble inspirer l’orchestre, on frise parfois le maniérisme mais que c’est beau L’allegro final est une euphorie : élégant jusqu’à la désinvolture avant d’adopter, dans l’allegretto central, des allures faussement populaires et une conclusion malicieuse, soliste et premier violon les yeux dans les yeux. Opéra minute, un régal.

Martine D. Mergeay

Premier concertiste de la soirée, le Russe Andrey Baranov, 26 ans, aborde Mozart (3e concerto) sur un mode allant, tonique et gracieux que son imposante stature n’aurait pas laissé soupçonner. Sonorités chaudes, phrasé cultivé, articulations délicates, ce Mozart est plein d’esprit, malgré quelques accrocs. Dans l’adagio, tendre et fervent, la forte personnalité du violoniste, relayée par le chef, semble inspirer l’orchestre, on frise parfois le maniérisme mais que c’est beau L’allegro final est une euphorie : élégant jusqu’à la désinvolture avant d’adopter, dans l’allegretto central, des allures faussement populaires et une conclusion malicieuse, soliste et premier violon les yeux dans les yeux. Opéra minute, un régal.

Changement de climat, dès l’introduction de l’orchestre, avec le concerto n°5 choisi par la Coréenne Kim Dami, 23ans. Mozart trouve ici une version sûre, parfois brillante, mais lointaine et peu souriante. Dans l’adagio, c’est paradoxalement l’orchestre qui chante, tentant, semble-t-il, de compenser l’imperturbable objectivité de la jeune musicienne Pas plus d’engagement (de liberté ?) dans l’allegro final : on ne sortira pas de l’impression d’un travail exécuté avec zèle, soin et même talent, mais sans plaisir.

L’Allemand Stefan Tarara, 26 ans, semble sauter à pieds joints dans le mouvement de Bartók, "Tempo da Cacconia" (le même joué par Solodovnikov l’après-midi) : maîtrise et enthousiasme, il fait de cette œuvre exigeante et complexe une aventure captivante, profitant à fond des vertus acoustiques de la salle, spatialisant le son, multipliant les climats. "Caprice" de Kissine, complètement libéré - Blumenthal en superforme -, est à la fois le plus personnel et le plus fidèle (jusqu’ici) au texte et aux indications de nuances, avec humour, esprit, vie ! La sonate d’Ysaÿe fait encore mieux comprendre ce qui enchante chez le musicien : tout ce qu’il fait est beau, expressif, il semble en dire mille fois plus qu’un autre mais dans l’évidence et la simplicité. Ce sera encore le cas dans "Kairos" de Massimo Lauricella (Gêne, 1961), et les variations sur "La Molinara", de Paganini, toujours pour violon solo, plus difficiles que 10 caprices à la fois, seront le haut fait d’un redoutable stratège, dosant les efforts, adaptant les tempos et gardant à travers tout une vision musicale. Interminable ovation (au mépris du règlement, Tarara reviendra sur scène en reprendre une petite bouffée ).

Rude succession pour la Coréenne Shin Hyun Su, 24 ans, mais la candidate ne manque pas d’atouts : on découvre en effet un "Caprice" bien intégré, nuancé, incisif, un "Poème" de Chausson, pris sur le mode évanescent mais gagnant progressivement en engagement et en dynamisme pour en arriver, dans les dernières mesures, à l’extase. Après une sonate d’Ysaÿe, fervente et très en place, les Variations op. 15 de Wieniawski (Takashi Sato au piano) ouvrent au violon de salon, sentimental, flatteur, virtuose, mais, si on n’en fait pas une folie, l’ennui guette. Où l’abus de sagesse peut nuire à la musique (de Wieniawski).