Michael Hofstetter aux commandes

On connaissait déjà son nom par nombre d’enregistrements, principalement de musique baroque et sur instruments anciens, mais pas seulement. Pourtant, à 48 ans, Michael Hofstetter n’avait jamais dirigé en Belgique.

Nicolas Blanmont

On connaissait déjà son nom par nombre d’enregistrements, principalement de musique baroque et sur instruments anciens, mais pas seulement. Pourtant, à 48 ans, Michael Hofstetter n’avait jamais dirigé en Belgique. Depuis lundi, il est à la tête de l’Orchestre royal de chambre de Wallonie pour accompagner les demi-finalistes du Concours Reine Elisabeth dans leur concerto de Mozart, et c’est à chaque fois un plaisir de transparence, d’équilibre et de style.

Enfant, pourtant, il n’avait jamais rêvé de prendre part à la célèbre compétition musicale : "J’ai commencé le piano à l’âge de 5 ans, mais je suis passé à l’orgue dès mes 13 ans. Je vivais dans un petit village en Bavière, et il n’y avait plus d’organiste : comme organiste, très vite je me suis mis à diriger des messes de Haydn, Mozart ou Schubert, mais j’ai abandonné le piano. Avant de devenir chef professionnel, j’ai même commencé à étudier la médecine, mais l’appel de la musique a été le plus fort."

Hofstetter avait déjà une certaine expérience des concours musicaux en tant que pianiste accompagnateur de chanteurs au concours de l’ARD à Munich, mais il n’en a pas moins été surpris quand le comte Jean-Pierre de Launoit est venu, à Genève - le chef allemand fut durant 6 ans directeur musical de l’Orchestre de Chambre de Genève -, lui proposer de reprendre le flambeau des concertos de Mozart en demi-finales après le départ de Paul Goodwin.

Occasion d’une première collaboration avec l’ORCW : "C’est un très bon orchestre, avec de belles qualités de flexibilité, et j’ai immédiatement senti leur expérience dans cette musique. Nous essayons ensemble de trouver un style conforme à l’esprit de Mozart, mais sans forcer le côté baroque car les solistes, de toute façon, ne sont que peu formés à cette esthétique."

Pour avoir souvent dirigé des formations sur instruments anciens, Hofstetter n’est pas pour autant un dogmatique de la question : "Le passage aux instruments anciens par les pionniers qu’ont été Harnoncourt, Koopman et d’autres a été une découverte incroyable qui a vraiment révolutionné toute l’approche de la musique classique. Mais aujourd’hui, cette approche a essaimé profondément dans tous les orchestres, elle est devenue un acquis pour la plupart, et il est dès lors possible de jouer très bien des œuvres classiques avec des instruments dits modernes. Sauf peut-être pour certains instruments qui, comme les trompettes, restent extrêmement différents."

Pour cette première expérience au Reine Elisabeth - mais il est d’ores et déjà prévu qu’il revienne l’année prochaine pour la session de piano -, Hofstetter se refuse à donner des conseils aux candidats : "Je suis à leur service. J’essaie de les soutenir, de leur donner confiance, mais ils doivent se sentir à l’aise et ils doivent pouvoir développer leur propre musicalité naturelle." Il a même fait installer devant lui un tabouret de piano sur lequel il place les partitions des diverses cadences des candidats, ces parties finales des mouvements qui sont parfois improvisées, mais souvent aussi reprises d’autres grands violonistes ou de musicologues : "Le choix de la cadence est souvent révélateur de l’approche d’un candidat, mais chaque choix est respectable. Mais ma hantise est de mélanger les cadences de deux candidats !"

Et quand on lui fait observer qu’il danse en dirigeant, le chef allemand répond dans un grand éclat de rire : "Je ne sais pas, je ne m’entraîne jamais devant un miroir !"