Le Mozart jubilatoire de Cho Jinjoo

Josef Spacek avait opté quant à lui pour la réserve raffinée.

Martine D. Mergeay

Le Tchèque Josef Spacek, 25 ans, a jusqu’ici non seulement réalisé un parcours sans faute mais transformé chaque épreuve en un moment de beauté. Dans le concerto no 3 de Mozart, il renoue d’emblée avec les qualités qui le caractérisent : naturel, ampleur, et audace, parlant notamment de la cadence d’Oïstrakh, menée avec brio. L’adagio est plus contraint : inscrit dans de fines sonorités, élégant mais peu habité, le chant reste (délibérément ?) en deçà des possibilités expressives du musicien. Le rondeau gardera ce climat de retenue raffinée, à considérer comme un choix.

Concerto no 5 pour la Coréenne Cho Jinjoo, 23 ans, qui nous a réservé un parcours plus inégal que son confrère tchèque; rayonnante au premier tour, en perte de moyens lors de son récital, la voici dans l’épreuve de musicalité par excellence. Faisant fi des questions de style, l’allegro initial explose de dynamisme et de vitalité, culminant avec la cadence spectaculaire de Joachim. Magnifique adagio, aux frontières du romantisme, engagé et naturel, et, bien sûr, "chantant" (comme tout chez Jinjoo); quant au rondeau, il est un des premiers jusqu’ici à en revêtir pleinement le caractère fantasque, ludique, exotique (turquerie centrale !), joyeux; en toute liberté, la musicienne s’y livre pleinement, avec sa sensibilité et son imagination. Alternatif et enthousiasmant.

Début de récital édifiant pour le Finlandais Petteri Iivonen, 24 ans, qui, dans la sonate d’Ysaÿe, fait valoir ses grandes qualités de son et de stabilité. En duo avec le pianiste Jonas Vitaud, il offre ensuite un "Caprice" de Kissine à son image : un rien sévère mais franc, engagé, nuancé - et parfaitement fidèle à la partition. La sonate de Debussy met ensuite en lumière de nouveaux aspects de la personnalité artistique du jeune Finlandais, à travers le raffinement des couleurs et l’élégance du phrasé - mais toujours sous des dehors impavides. Deux danses populaires de Sibelius - question de réchauffer l’ambiance sans perdre le nord - et un morceau de bravoure pour la route, ce sera "La Danse des Lutins" de Bazzini, cortège de plaisantes acrobaties données à la perfection et dans un calme imperturbable.

La Coréenne Kim Bomsori, 22 ans (une des fées du premier tour), ouvre son récital avec la sonate K. 304 de Mozart (Thomas Hoppe au piano) un choix risqué, surtout après l’échec relatif du concerto. Le premier mouvement reste flottant - avec même des problèmes de justesse - et si le second, plus lyrique, s’engage de façon plus habitée il n’est guère plus abouti. A l’inverse, le "Caprice" de Kissine, donné quasiment de mémoire, révèle une musicienne totalement à l’aise, inspirée, imaginative. Superbe sonate d’Ysaÿe, puissante (malgré le frêle gabarit de la jeune fille) et valorisant le contrepoint grâce à la richesse des sonorités; deux pièces de caractère signées Sibelius - la première trépidante, la seconde hymnique -, le récital ira crescendo pour aboutir à l’"Introduction et Rondo" de Saint-Saëns : esprit de fantaisie, danse, virtuosité, la candidate s’empare de tout cela avec gourmandise et s’y révèle, enfin, à son meilleur.