Mozart selon les cadets de la session

Côté récitals, deux musiciens français en total contraste.

Martine D. Mergeay
Mozart selon les cadets de la session
©DR

Comptant parmi les favorites de la session, l’Américaine Esther Yoo, 17 ans, a choisi le 3e concerto de Mozart qu’elle aborde avec une joyeuse détermination; sonorités pleines, geste ample, dynamique marquée, l’allegro initial est du genre tonique mais les nuances y sont sommaires. La jeune-fille se réserve pour l’adagio où elle fait entendre un chant fervent, entouré de toute la délicatesse d’un orchestre particulièrement attentif; d’abord un peu littéral, le discours s’assouplit bientôt pour gagner en poésie et en intériorité. Le rondeau confirmera un haut niveau et un tempérament généreux, mais la musicalité reste encore à "nourrir".

L’Américano-taïwanais Tseng Yu-Chien, 17 ans, (de deux mois plus jeune encore qu’Esther Yoo) perd son épaulière durant l’introduction de l’orchestre (5e concerto) Il la ramasse aux pieds du chef (qui n’a rien remarqué), la replace calmement et esquisse un sourire. Sensible, frémissante, inscrite dans de fines sonorités, la phrase d’ouverture traduit d’emblée une musicalité très personnelle, en constante recherche, aussi interrogative que celle d’Esther Yoo était affirmative, et la suite du concerto ira dans le même sens : cadence brillante et spirituelle, adagio justement lyrique (avec le regret que le musicien n’ait pas varié le climat des reprises), et rondeau débordant de fantaisie (orchestre en support).

En seconde partie, la Française Maria Milstein, 26 ans, ouvre son récital par le "Caprice" de Victor Kissine, accompagnée par Sander Sittig : esprit chambriste et vivacité caractérisent la version de l’imposé, notant que la candidate s’y permet quelques libertés avec le texte et manque singulièrement de contrastes. La sonate d’Ysaÿe, à la fois assurée et fluide, la retrouve plus inspirée, circulant avec aisance dans le contrepoint, et "Subito" de Lutoslawsi, apparaît comme un écho amplifié du "Caprice", fantasque, libre et très habilement réalisé. La sonate n°3 de Grieg, enfin, révèle la candidate sur son versant romantique, épique en l’occurrence, où, en dépit d’un manque de plénitude sonore, s’expriment sa maturité d’artiste, son goût, sa capacité à surprendre. Une magnifique musicienne.

Avec le Français Christi Gjezi, 21 ans, on renoue avec des sonorités rondes, puissantes et lumineuses, mais dans la sonate d’Ysaÿe, il ne se passe pas grand chose (n’était la vitesse). "Caprice", donné avec Thomas Hoppe au piano, connaît par contre une version très convaincante, contrastée, colorée, portée par une technique d’enfer et un soin du détail ici capital. Brahms - dont on s’émerveille qu’il soit enfin invité à la fête - est tout aussi bien servi, sobre dans la conduite et la construction mais porté, encore une fois, par la beauté sonore et la fidélité à la puissance de l’écriture. Un poil de passion - de connexion ? - en plus, ce serait grandiose (Hoppe à son meilleur). Wieniawski trahit le point faible du candidat, non point la vélocité, ni la justesse, jusques et y compris les plus acrobatiques doubles notes en harmonique, non : le rythme, ou plutôt, dans ce cas, le sens du rubato.