Old-school en culottes courtes

Une belle brochette de jeunes emcees français qu’on a dérangés en pleine collation. Opportunité rêvée pour une interview fast-food improvisée.

Nicolas Capart
Old-school en culottes courtes
©Mannion

Rencontre

On en a connu, des interviews saugrenues. Des discussions expresses dans une voiture lancée plein pot vers l’aéroport ou une gare. Des bavardages éthyliques au bar, des échanges embrumés au coin fumoir. Des entretiens à sens unique, des interlocuteurs taiseux, des qui ne veulent plus lâcher le crachoir... Des exercices du genre en salon ou en extérieur, des rencontres sans saveur, des tête-à-tête qui finissent en coups de cœur. Cet après-midi-là, c’est avec toute la clique du 1995 crew que nous avions rendez-vous pour quelques confessions intimes. Une belle brochette de jeunes emcees français qu’on a dérangés en pleine collation. Opportunité rêvée pour une interview fast-food improvisée. Entre verlan, cheeseburgers, frites belges, argot parigot, humour potache et dessert stupéfiant.

Si Areno Jaz, Nekfeu, Fonky Flav, Alpha Wann, Sneazzy West et DJ Lo sont originaires de la Ville lumière, les six membres de la bande n’en ont pas moins fait leur gammes dans des salles obscures. Une ascension progressive mais rapide, au fil des concerts bricolés et des sessions d’impro dans les couloirs underground et les arrière-salles de bars parisiens. Alors que des centaines de kilomètres plus bas, leurs collègues de Set&Match font les beaux jours du rap français du Sud renaissant. Des clivages qui ont cependant moins de sens dans l’Hexagone qu’aux States où vivotent encore des réminiscences de rivalités West Coast/East Coast. Quoique: "On connaît les gars de Set&Match, ils sont bons... D’ailleurs certains d’entre nous ont bossé avec Didaï. La rivalité existait jadis entre NTM et Iam et leurs descendants. Maintenant, historiquement, je ne pense pas qu’on puisse dire que le rap marseillais est meilleur que le rap parisien..." Ajoutons à cela des tensions concernant la sauce barbecue... Et les débats de s’animer un brin.

Un tube balancé sur le net ("Dans ta Réssoi"), des featuring en pagaille, un premier EP autoproduit - "La Source" - sorti à l’été 2011, une visite incognito aux Ardentes en juillet, une seconde plaque - "La Suite" - publiée en ce début d’année et voilà que l’équipée 1995 re-débarque en Belgique le torse bombé. Ces petits jeunes - 21 ans de moyenne d’âge - ont du chien et font les choses à l’ancienne. Instrus jazzy, ambiances old-school, résurgence de boom-bap (onomatopée renvoyant à un style de rap rythmé par une batterie omniprésente plutôt associé au début des années’90, ndlR.), textes drôles et légers à défaut d’être "conscients", tout dans les notes et les rimes du sextuor renvoie l’auditeur quinze années en arrière. "Pourtant, on ne s’est pas posé en se disant: on va faire du hip hop old-school" remarque Nekfeu. "Disons plutôt que c’est la musique qu’on écoute, les sons qu’on aime. Même si des trucs plus frais passent par nos platines, on revient toujours spontanément à ce genre de compos". Anciennement P.O.S (pour "Porteur Officiel de Sac-à-dos" ou "Petite Organisation Scred", ndlR.), le crew trouve son intitulé "1995" dans cet amour des rimes nostalgiques, comme l’explique Fonky Flav. "Ce fut la pire des prises de tête pour se mettre tous d’accord sur un nom. Comme on est nombreux, difficile de trouver un consensus. Quelque chose qui nous ressemble vraiment et qui plaise à chacun. On a commencé à réfléchir aux disques qu’on aimait et on s’est rapidement aperçu que l’année 1995 était centrale dans nos discothèques. Même si l’on peut kiffer tout ce qui s’est fait après. Quatre chiffres, une date, on trouvait ça stylé..."

En concert: ce dimanche 13 mai au Nuits Botanique, le vendredi 13 juillet au Dour Festival et le samedi 28 juillet au Festival de Ronquières.