François, roi de la Nuit

La fièvre du samedi soir avec François et ses Atlas Mountains à la Rotonde du Bota. Soirée 100 pc féminine à l’Orangerie. Des femmes à voix et à tempérament. Kiss&Drive, Hannegan et La Havas.

François, roi de la Nuit
©DR
N.C. et M.-A.G.

S’il est originaire de la coquette ville de Saintes, c’est en 2005 à Bristol que le sieur Marry crée the Atlas Mountains. La rumeur met un temps à se disperser mais finit par tomber dans l’écoutille de Domino Records. À l’automne dernier, le groupe devient la première signature française de l’officine anglaise des Arctic Monkeys, Kills et autre Franz Ferdinand, et le magnifique "E Volo Love" atterrit dans les bacs début 2012.

On connaissait la bande pour sa douceur, ses narrations bucoliques et ses refrains rêveurs. Pourtant, samedi dès les premiers couplets, François et ses montagnes groovent à l’envi dans une Rotonde bondée. Et leur leader à guitare de se tortiller comme un ver. Rapidement, le courant nous porte jusque "Les plus beaux". Le public est sourire, nos hôtes sont plaisir, et le tableau formé semble paradisiaque. Puis on navigue d’ambiances tropicales ("Edge of Town") en plages grattées ("City Kiss") ou confessions plus solennelles ("Buried Treasures"). Sueur et chair de poule.

Tiens, une chanson d’amour La pop évanescente de "Slow Love" sort ses plus beaux atours. Soudain l’ambiance s’électrise. Les chuchotements hypnotiques deviennent tourbillon tribal. Les Hoquets (qui jouaient en 1re partie) déboulent sur scène et tous célèbrent cette fête autour de la batterie comme des indiens dansant autour d’un feu. De là, l’intensité ne déclinera pas. Au gré de trois rappels, François invitera sur scène Françoiz Breut, ressuscitera MJ de son drôle d’accent et finira par un leurre de berceuse. Un concert d’altitude.

Elisabetta Spada (Kiss&Drive), Lisa Hannegan et Lianne La Havas : la soirée était 100 pc féminine à l’Orangerie. Une Italienne, une Irlandaise et une Anglo-Jamaïcaine pour trois personnalités à l’image de leur nationalité. Volubile, pour la première, tout en douceur intériorisée pour la seconde et gâtée, dès la naissance, par un incroyable organe soul pour la dernière. Bien chanter et gratter quelques notes ne suffisent certes pas pour emporter l’adhésion. Mademoiselle Spada l’a bien compris qui se singularise grâce à un humour décapant et l’originalité de son set. La frappe des touches d’une ancienne machine à taper en guise de percussion, on n’avait encore jamais vu ça. Son simple, prometteur, "My Mood changes" a connu un succès inattendu sur les ondes.

Avec Lisa Hannigan, tout est luxe, calme et volupté. Devant tant de délicatesse et de subtilité, on se demande s’il lui arrive, parfois, de hausser la voix. Elle est entourée d’un solide et classieux combo qui distille tout en finesse des nappes évocatrices de leur pays natal. Lianne La Havas aussi est bien entourée mais sa voix est une telle présence en soi qu’on la préfère seule à la guitare. Quelle élégance dans la prestance, quelle aisance dans la voix ! L’on en reste subjugué. Les ombres d’Ella Fitzgerald ou de Billie Holiday planent.