Trop de notes, trop peu de musique ?

On est bien à Flagey, mais on s’y est parfois un peu ennuyé cette semaine. Bilan des demi-finales de l’édition 2012 du Concours musical Reine Elisabeth.

Nicolas Blanmont
Trop de notes, trop peu de musique ?
©BELGA

Spacek, Baranov, Abeshi, Bouchkov, Shishkov, Yoo, et les autres : bravo au jury qui a su retenir les plus belles personnalités de cette cuvée 2012. Au-delà des inévitables satisfactions et déceptions que peut générer la liste des douze finalistes - et celle-ci semble assez consensuelle -, la fin des demi-finales laisse des sentiments mêlés.

Joie, d’abord, de constater combien le transfert à Flagey a été digéré avec aisance : on ne sait ce que pense le jury (bien assis, sans doute, mais un peu loin de la scène ?) mais le public, manifestement, apprécie tant l’acoustique et la beauté du lieu que la convivialité du bâtiment et de ses environs. On aimait et on continue à aimer le Conservatoire, mais le studio 4 de l’ancien INR est bien plus qu’un pis-aller. Plaisir aussi de constater que le Reine Elisabeth continue à attirer d’excellents violonistes venus des quatre coins de la planète classique, et qu’il se trouve chez nous un large public pour les écouter, sur place mais aussi en radio, en TV ou sur le net.

On mentirait, pourtant, en disant que toute cette semaine fut une longue suite de plaisirs musicaux : la longueur fut souvent plus au rendez-vous que la musique. En cause, d’abord, la structure des programmes de récital. Tant la sonate d’Ysaÿe que l’imposé - et tout particulièrement cette année l’excellent "Caprice" de Victor Kissine - suffisent déjà à jauger l’excellence technique des candidats. Qu’ils y ajoutent à leur gré, en bouquet final, quelque exercice de cirque signé Sarasate, Kreisler, Waxman ou Wieniawski, pour le plaisir - le leur et celui du public. Mais ne pourrait-on, entre les deux, rendre obligatoire une sonate, tant pour tester leurs capacités chambristes que pour leur permettre de montrer - s’ils en ont - un peu plus d’intériorité ?

On objectera peut-être que les concertos de Mozart pourraient remplir ce rôle ? Las ! Sur les 24 demi-finalistes, on n’a même pas besoin de tous les doigts d’une main pour recenser ceux qui ont vraiment quelque chose à dire dans Mozart et qui considèrent ces cinq concertos comme autre chose qu’une version préparatoire et courte des grands concertos romantiques qu’ils préfèrent manifestement. Cinq, et encore : sur 78 inscrits, un seul avait choisi le premier concerto, et deux le deuxième. On ne les a même pas entendus puisque, parmi les 24, il y avait dix K. 216, neuf K. 219 et juste cinq K. 218, le plus souvent avec des cadences préexistantes : de quoi risquer la lassitude. Même en mettant, comme on l’a fait ici, à la tête de l’orchestre, un excellent chef au fait des spécificités de ce répertoire, le résultat reste la plupart du temps assez plat : l’apport du chef ne peut qu’être marginal puisqu’il n’a d’autre option de se mettre au service des candidats et de leur (absence de) conception.

Imposés depuis 2001, les Mozart de demi-finales sont un peu comme les Bach du premier tour : une obligation plutôt saine dans son principe, mais qui s’avère en fait impossible à vérifier : jouer Bach ou Mozart appelle un respect de l’esprit plus encore que de la lettre, mais la mesure de l’esprit se prête mal à une vérification en concours.