Pour comprendre le mystère coréen

Dans un film captivant diffusé prochainement sur La deux et La trois... Thierry Loreau et Pierre Barré mènent l’enquête. Rencontre.

Martine D. Mergeay
Pour comprendre le mystère coréen
©D.R.

Rencontre

Le titre peut sembler racoleur, mais il touche à une réalité : dans les milieux musicaux occidentaux, "Le Mystère Musical Coréen" ne manque pas d’agiter les esprits. C’est pour tenter de le percer que Thierry Loreau et Pierre Barré se sont lancés dans une aventure qui fait déjà le buzz en Corée !

Nous avons découvert le film en avant-première, au Bozar, le 7 mai (voir encadré), et rencontré Thierry Loreau - musicologue et cinéaste, auteur de nombreux films musicaux, en tandem avec Pierre Barré. C’est lui qui fut à la base du projet. Pourquoi ce film ? "Dans le cadre du Reine Elisabeth auquel je collabore à divers niveaux (notamment pour les portraits des candidats), j’ai observé qu’il y avait de plus en plus de candidats coréens en lice, et lorsque je posais la question du ‘pourquoi ?’, personne ne pouvait me donner de réponse. De là, une autre question : le phénomène dépasse-t-il le cadre du Reine Elisabeth ? En épluchant les palmarès de près de 135 concours internationaux, j’ai constaté que le phénomène était planétaire. J’ai remis un projet à la RTBF qui a flashé sur le mot ‘mystère’ (rires), et a contacté l’ambassade de Corée, puis le ministère de la Culture à Séoul, et nous avons pu réaliser une première visite sur place en juin 2011. Je voulais y aller la tête libre, sans a priori, sans scénario, juste pour prendre l’ambiance et faire des contacts. Mais nous avions, dans l’intervalle, obtenu à Biarritz le premier prix de la FIPA pour un documentaire sur le Collegium Vocale, et comme les Coréens sont très sensibles au prestige des concours (c’est au fond le sujet du film), cela nous a valu un accueil favorable, et, finalement, un soutien substantiel des autorités, qui s’est ajouté au financement de la RTBF et de la société de production La Passerelle."

Sur base d’une liste de professeurs repérés dans les CV des candidats coréens des récentes sessions du Reine Elisabeth, Thierry Loreau a établi la liste des professeurs à rencontrer, et a établi son carnet de bal : "Il fallait en tout cas pouvoir filmer un concert, entrer dans les classes d’instruments, rencontrer des enfants, des familles et des mamans." A Séoul, il n’y eut que 6 jours de tournage - de 8h du matin à 22h - avec une petite équipe soudée et mobile, plus un interprète et un chauffeur. " L’accueil fut incroyable ! Partout, nous étions précédés d’un véritable battage médiatique, nous sommes passés sur 4 chaînes de télévision, le plus étonnant étant que, pour les Coréens eux-mêmes, le mystère et surtout le succès musical coréen à l’étranger ne semblaient pas connus. Le film est d’ailleurs déjà sélectionné pour le festival de Jecheon, le plus grand festival de films musicaux de Corée. "

On peut donc dire que, partie de rien, l’affaire a fameusement pris du volume. Elle s’inscrit dans ce mouvement de "soft power", terme ambigu pour désigner l’investissement massif de certains pays d’Asie dans la formation universitaire et artistique (la Malaisie suit un chemin assez proche), et la présence des éléments les plus doués dans les concours internationaux. Mais où sont aujourd’hui ces brillants lauréats ? "A ce stade, nous n’avons pas vraiment de réponses, sans doute en Corée, mais on n’en sait rien "

A découvrir dans le prochain épisode du "Mystère Musical Coréen" ?