Stradivarius, quand tu nous tiens...

Les grands concours d’"exécution musicale" sont l’occasion de véritables parades où défilent les violons les plus prestigieux, généralement prêtés par des fondations internationales et gages de la valeur des artistes auxquels ils sont confiés. Mais faut-il vraiment un Stradivarius ou un Amati pour emballer une salle et convaincre un jury ? On connaît l’expérience menée à Indianapolis par une acousticienne française, Claudia Fritz, et un luthier américain, Joseph Curtin, en 2010 : deux Stradivarius, un Guarneri del Gesù et trois violons modernes furent soumis à l’aveugle à 21 musiciens de haut niveau dont le choix se porta sur un des violons modernes, le plus mal coté étant un des deux stradivarius. Ce résultat fait grincer les dents de tous ceux qui vivent aujourd’hui de la spéculation sur les instruments anciens, y compris nombre de luthiers spécialisés dans les réparations de ces objets fragiles et instables, dont les vertus, réelles ou imaginaires, n’ont pas de prix (on compte en millions d’euros).

Martine D.Mergeay

Les grands concours d’"exécution musicale" sont l’occasion de véritables parades où défilent les violons les plus prestigieux, généralement prêtés par des fondations internationales et gages de la valeur des artistes auxquels ils sont confiés. Mais faut-il vraiment un Stradivarius ou un Amati pour emballer une salle et convaincre un jury ? On connaît l’expérience menée à Indianapolis par une acousticienne française, Claudia Fritz, et un luthier américain, Joseph Curtin, en 2010 : deux Stradivarius, un Guarneri del Gesù et trois violons modernes furent soumis à l’aveugle à 21 musiciens de haut niveau dont le choix se porta sur un des violons modernes, le plus mal coté étant un des deux stradivarius. Ce résultat fait grincer les dents de tous ceux qui vivent aujourd’hui de la spéculation sur les instruments anciens, y compris nombre de luthiers spécialisés dans les réparations de ces objets fragiles et instables, dont les vertus, réelles ou imaginaires, n’ont pas de prix (on compte en millions d’euros).

Le jeune luthier belge Matthieu Devuyst, dont les instruments connaissent déjà un joli succès (notamment chez Yossif Ivanov ou Dalibor Karvay), nuance pourtant cette étude : "Il faut encore pouvoir faire ‘sonner’ un instrument, c’est un don à part. Ecoutez ce que la jeune américaine Nancy Zhou (finaliste cette année) obtient de son Amati, c’est exceptionnel !" Dans les fiches des finalistes (pp.26-27), de grands noms circulent, mais certains ne mentionnent pas l’origine de leur instrument ou restent vagues "Dans un concours, la qualité des instruments fait partie du prestige, et si un candidat joue un instrument moderne, il le mentionne rarement. Même chez les membres du jury, l’inconscient peut jouer " Mais on se trouve à la veille d’un période charnière : "Tous les luthiers savent que le bois des violons connaît trois âges, chacun de 400 ans environ : la croissance (de l’arbre), la bonification du bois (après la coupe) et le déclin. Faites le calcul : les premiers Amati, datant du début du XVIIIe, entrent dans la 3e phase, cela va changer la donne "

Ajoutons que l’assurance annuelle (environ 20 000 euros) d’un Stradivarius coûte plus cher qu’un excellent instrument moderne. Et que l’entrée des violons anciens sur les marchés asiatiques va encore faire monter les prix. Le calcul est vite fait.