Le Bota, agence de voyages de Nuits

Mercredi, ambiances urbaines ou bucoliques, belle collision des genres. Mardi, le folk sous toutes ses formes avait droit de chapiteau nocturne.

Le Bota, agence de voyages de Nuits
©JC Guillaume
PDG et DS

Toutes particulières qu’elles soient, les Nuits Bota n’échappent à la règle des festivals à scènes multiples : c’est le casse-tête à l’heure de choisir entre les différents concerts que l’on aimerait voir. Surtout quand le programme est riche en promesses, comme mercredi soir. C’est dans une ambiance urbaine que nous nous plongeons pour commencer la soirée. Normal, me direz-vous, on est tout de même le long du boulevard Botanique. Mais on ne vous parle pas ici de localisation géographique mais bien d’ambiance. En l’occurrence celle qui règne sous le chapiteau lorsque Ghostpoet pointe le bout de ses lunettes. Accompagné d’un guitariste, d’un batteur et d’un laptop, l’Anglais nous refait le joli coup de son spoken-word à tendance hip-hop sur fond de trame sonore évoquant l’aliénation des villes de grande solitude. Des infrabasses un peu trop agressives nous obligent toutefois à le quitter pour rejoindre la quiétude du Musée. Le type d’endroit idéal pour savourer une prestation de Mariee Sioux. Accompagnée d’un bassiste et de son producteur-fiancé Sean, qui se partage entre guitare, tambour indien et autres instruments bizarroïdes, la folkeuse, aux origines amérindiennes, déroule ses arpèges délicats et sa voix coule comme un ruisseau d’eau pure au milieu de la plaine. À coups de berceuses un rien sombres, elle envoûte l’assistance avec ses airs de petite fille ayant le chic pour raconter des histoires sur lesquelles plane un brin de mystère. Une musique qui répare le cœur et parle aux esprits. Ceux de ses ancêtres évidemment.

Un petit détour par la Rotonde, où l’ange déchu Perfume Genius chante, au piano électrique, ses histoires de drogue, de sexe et d’amour, et nous revoilà sous le chapiteau à l’heure où les Nantais de C2C débute leur set. Un phénomène ceux-là. Alors qu’ils n’ont pas encore d’album, juste un EP, la demande de ticket a forcé les organisateurs à déplacer leur concert de l’Orangerie vers cet endroit plus vaste mais rempli à ras bord d’une jeunesse surexcitée. A raison d’ailleurs. Dès les premières minutes, les quatre DJ’s, installés chacun derrière un pupitre surélevé, mettent le paquet. Quadruples champions du monde par équipe du DMC, le "mondial" des DJ’s, ils scratchent, mixent et triturent à tout va. La matière sonore ? De tout. Des rythmes électros, du beat hip-hop, de la soul/funk, de la pop, du rock, des big band jazz et même de l’harmonica. Tout cela passe à la moulinette de leurs huit mains et, miracle, en ressort tout pimpant. Impossible de rester impassible, c’est la fiesta. Il faudra bien un jour de congé pour s’en remettre.

"Question Marks", l’un des jolis titres de Dan San, prête effectivement à l’interrogation. Comment et pourquoi des jeunes du XXIe siècle s’intéressent au bon vieux folk ? C’est pourtant une réalité internationale : la soirée de mardi, sous le chapiteau du Botanique, l’a encore montré. Norvégiens (Philco Fiction), Wallons (Dan San), Flamands (Isbells), Anglais bon teint, soit pâles (Fanfarlo), tous ont quelque chose de folkeux en eux. Guitares acoustiques, choeurs, violon : affublés de l’excellent album "Domino", Dan San déclinent le genre de façon classique et bien troussée, inclinant à la fête comme il se doit. Ajoutez une guitare électrique volontiers grinçante, et les verts pâturages de la vieille Angleterre cèdent la place aux ondes de chaleur montant du désert de l’Arizona. D’autant qu’une trompette pointe parfois le pavillon, suivez mon oreille, Calexico n’est parfois pas loin d’Isbells. Mais où est le ressort ? Sur cette scène, avant Werchter, Isbells a manqué de flamme, pas de flemme. Trompette, un peu de violon, il y a ça aussi chez Fanfarlo qui badigeonne élégamment de folk son esprit orienté années 80. Chant, enchaînements, chutes, tout se tient chez ces Londoniens qui ont donné un bon coup de fouet final à cette charmante soirée.