Avec qui Marc Bouchkov veut-il en découdre ?

C'était une des fortes personnalités de la saison, l'unique lauréat belge, surdoué, a livré une prestation surpuissante mais maitrisée.

Martine D. Mergeay
Avec qui Marc Bouchkov veut-il en découdre ?
©Bruno Vessié

La salle est comble, le prince Philippe et la princesse Mathilde viennent de pénétrer dans la loge royale, Marlène de Wouters est en super forme, tout est prêt pour accueillir Marc Bouchkov, 21 ans, l’unique lauréat belge, fils de lauréat et petit-fils de lauréate, et l’une des fortes personnalités de la session...

Son choix s’est porté sur la sonate no 7 de Beethoven, qu’il aborde selon sa manière désormais connue : franche, nette, engagée, suivie en cela par Takashi Sato (véritable caméléon…); certains traits sont bousculés, l’excès de pression trouble parfois la justesse mais la farouche énergie beethovénienne est bien là; exposé par le piano, le chant de l’adagio ne trouvera pas de véritable réponse au violon, faute de ligne, de souplesse, de transparence, mais c’est la patte de Bouchkov (déjà observée dans Mozart), qui sera plus à son affaire dans les âpres accents du scherzo et la course de l’allegro final. Pour le concerto de Sakai Kenji, Bouchkov a tombé la veste : pas question de s’en laisser imposer par l’orchestre, le violon est seul contre tous, OK, mais il se fera entendre… La mine sombre, tenant le Konzertmeister en otage et déjà étonnamment détaché de la partition, le musicien se jette à corps perdu dans cette pièce dont il donne une version surpuissante, à la fois maîtrisée, personnelle et convaincante. Recherche de timbres ou de ligne, lyrisme, poésie, ou détente ne font ici pas partie du scénario.

Retour du veston pour le concerto de Sibelius où, pour la première fois, le chant du violon “bouchkovien” s’impose, tout d’abord déposé sur les sonorités accueillantes de l’orchestre (passablement tétanisé) et accédant progressivement à un intense dialogue : le climat est dramatique, violent, passionné et soutenu comme tel, les immenses moyens du soliste le lui permettent même si ce caractère uniment furibond constitue aussi une limite à l’expression. Nouvelle émergence du chant (doublé par celui, horrible et prolongé, d’un GSM) dans un adagio au caractère désolé, noir, lancinant mais, une fois encore, assumé. Après un accord de l’instrument suggéré par Gilbert Varga, le finale, plus que le reste du concerto, s’inscrit dans le droit fil du caractère (musical) du jeune Belge avec un démarrage en pleine force – mais dans un tempo raisonnable et stable – et le soutien cohérent d’une progression irrésistible mais, au fond, sans surprise.