Par une chaleur tropicale, Nikki Chooi assure

Ravel et Tchaïkovski en défaut d’imagination, Kenji maîtrisé et puissant.

Martine D. Mergeay
Par une chaleur tropicale, Nikki Chooi assure
©Bruno Vessié

Après la tempête levée par Marc Bouchkov, l’arrivée de Nikki Chooi, 23 ans, signe le retour à des rivages plus paisibles. Avec Thomas Hoppe au piano, le jeune Canadien joue la sonate de Ravel, une œuvre délicate et allusive, dont les débuts sont ici feutrés, prudents avant que les premières envolées de l’allegro installent le contact : on retrouve les sonorités chaudes et lumineuses découvertes lors des premières épreuves, inscrites dans une technique digne du Curtis Institute...

Si les deux premiers mouvements en restent au stade de l’élégance un peu froide (mais ce Blues, comment le réussir ?), le Perpetuum mobile décolle avec panache, confirmant l’excellent niveau du musicien mais sans émoi, sans griserie, sans folie.

Pour la deuxième fois ce soir, le veston disparaît pour le concerto imposé de Sakai Kenji, (signe de l’effort athlétique demandé au soliste ou avertissement qu’on a oublié de lancer la clim ?). Nikki Chooi s’y révèle beaucoup plus à l’aise que dans Ravel, détendu, assuré, parvenant à soutenir sa partie de bout, principalement sur le plan sonore, révélant par là une étonnante puissance, déployée comme sans effort...

On sera plus réservé sur l’imagination musicale du musicien et sa capacité à se mettre en phase avec l’orchestre. Avec le concerto de Tchaïkovski, pièce maîtresse d’un concert relativement court par ailleurs, Nikki Chooi évolue en territoire connu, d’autant qu’il a l’expérience des concerts avec orchestre : son approche est solide, maîtrisée et musicale à défaut d’être très personnelle.

Si le mouvement compte d’inévitables scories entraînées par la pression, la cadence – brillante et quasi irréprochable – renoue avec le meilleur du violoniste et ouvre même, après retour de l’orchestre, sur d’heureuses trouvailles, une montée de la tension et un progressif épanouissement de l’engagement musical.

Tendance poursuivie dans la canzonetta, où le musicien offre un chant magnifique et simple, source d’inspiration dans les échanges avec les bois et conduisant en douceur à la brusque explosion du finale.

Ce dernier poussera le jeune homme dans ses derniers retranchements : au prix de quelques fautes vénielles, il gardera le cap (et le tempo) après un départ pris sur les chapeaux de roue mais, en définitive comme dans Ravel, sans atteindre à l’euphorie intimement associée à cette partition de légende.