Baranov, les vertus d’un premier !

Musicalité, maîtrise, énergie, générosité, grande classe, il a tout.

Martine D. Mergeay
Baranov, les vertus d’un premier !
©Bruno Vessié

Dans la sonate n°2 de Prokofiev (déjà entendue lundi), le Russe Andrey Baranov, 26 ans, ouvre un monde (Dana Protopescu au piano) : outre les sonorités pures et lumineuses, la conduite souple et la perfection technique largement démontrées depuis le premier tour, on renoue ici avec la musicalité raffinée du musicien; climat pastoral traversé d’élans passionnés, le moderato initial rayonne; le deuxième mouvement - scherzo -, pris à très (trop) vive allure est légèrement bousculé, mais ne manque ni d’éclat ni d’humour (grinçant, comme il se doit); andante chantant et doux et, là encore, vaguement inquiétant, c’est l’art du musicien de creuser la lecture des œuvres, d’y introduire des arrière-plans, de renouveler les scénarios Le final en donne une démonstration éblouissante, où Baranov emporte l’écoute au cœur de l’univers de Prokofiev, à travers une suite de péripéties fantasques et trépidantes. Est-ce l’oreille qui se fait ? Si à chaque nouvelle interprétation du concerto imposé de Sakai Kenji la partie violon se fait plus distincte, celle d’Andrey Baranov aura encore marqué des points : avec lui on "ressent" autant qu’on entend ce qu’il y a à guetter dans cette ligne centrale puissante, objectivement très structurée au sein d’ornements foisonnants; le violoniste l’aura soutenue et habitée de bout en bout, ne lâchant pas le discours, mettant en lumière son caractère cyclique, bouclant la boucle avec panache et subtilité.

Pour le monumental concerto n°1 de Chostakovitch, le musicien pourra compter sur le premier violon, un compatriote (sourire) Mais c’est bien avec sa moue caractéristique (!) qu’il entonne le chant désolé du Nocturne d’ouverture : un chant d’une intensité et d’un pouvoir d’autant plus irrésistibles que le musicien y maintient le raffinement et la mesure qui caractérisent tout son jeu. Pas d’effet appuyé, pas de pathos, aucune vulgarité, et c’est évidemment bouleversant. Le scherzo est étourdissant, par la folle énergie qui le traverse, par sa précision, son éclat et la spontanéité des échanges avec l’orchestre (Varga, hyper zen, se contente de donner quelques impulsions, tout semble rouler tout seul ). Passacaille sublime, où les plus puissants fortissimos - jusque dans la cadence, hallucinante - restent beaux et expressifs et l’explosion du Burlesque dans le même élan, la tension et l’énergie ne cessant plus de croître jusqu’au dénouement final. La toute grande classe.