En attendant le sourire de Kim Dami

Après la folle énergie de la première partie de la soirée, l’arrivée de la Coréenne Kim Dami, 23 ans, introduit un climat mystérieux, au bord du silence.

Martine D. Mergeay

Après la folle énergie de la première partie de la soirée, l’arrivée de la Coréenne Kim Dami, 23 ans, introduit un climat mystérieux, au bord du silence.

Avec sa coupe atypique en deux mouvements, la 2e sonate de Bartók est une œuvre à part, une des plus audacieuse de son auteur, où il expérimente des formes tonales rares et où piano (ici tenu par Dana Protopopescu) et le violon semblent aller chacun leur chemin, à la recherche d’un objet uniqe et précieux

Le début du premier mouvement, Molto moderato, est flottant, comme dispersé, mais les sonorités finement conduites de la musicienne ne tardent pas à capter l’écoute, attestant, au passage, l’excellence de ce choix.

Après les mélodies changeantes du mouvement d’entrée, inscrites dans un jeu subtil et doux, l’allegretto révèle Kim Dami sous un jour plus engagé et plus virtuose : l’artiste, qu’on a toujours connue stratégique et contrôlée dans son jeu, dispose d’une impressionnante réserve de puissance et d’une large palette de couleurs, même si l’abandon n’est pas son fort. Très belle fin.

L’aisance rencontrée dans Bartók aurait pu se retrouver dans le concerto de Sakai Kenji mais la jeune fille aborde la pièce sur un mode trop "solistique" pour pouvoir entrer dans le tissu sonore et la dynamique de l’orchestre. Les parties plus exposées sonneront joliment mais comme des objets indépendants, sans continuité avec le reste de l’œuvre. Compte tenu des moyens de Dami (y compris son sang-froid ), le 1er concerto de Paganini est, une nouvelle fois, un bon choix. Si elle consentait à sourire un peu (ne fût-ce que durant l’ouverture), elle mettrait tout le monde de bonne humeur.

Mais, jusqu’à nouvel ordre, bien jouer reste l’essentiel et le sourire viendra peut-être plus tard. Et pourquoi pas de la musique elle-même ? Car côté virtuosité, le jeu de Dami est tout sauf triste : tempos allant (même pas peur), beauté lumineuse du son, aisance dans les traits les plus acrobatiques, ce serait une fête s’il y régnait un peu d’inspiration et surtout une ligne directrice.

Il y en aura plus dans le mouvement central, traversé avec grâce par le souvenir du bel canto, mais, dans le finale, la violoniste - qui a évidemment fort à faire pour mener à bien son feu d’artifice - se retirera à nouveau dans sa tour d’ivoire

Ce qui ne lui épargnera pas, hélas, quelques signes de fatigue vers la fin.