C2C, le "smile" et l’efficacité

Fin de journée dissipée pour les gars de C2C. Au terme d’un nouveau séjour couronné de succès, 20Syl, Greem, Atom et Pfel s’attellent au nécessaire et fastidieux exercice de la promotion. Il y a quelques heures, ils étaient place Saint-Lambert et mettaient le feu aux Fêtes de Wallonie.

Nicolas Capart
C2C, le "smile" et l’efficacité
©Quentin Curtat

Rencontre

Fin de journée dissipée pour les gars de C2C. Au terme d’un nouveau séjour couronné de succès, 20Syl, Greem, Atom et Pfel s’attellent au nécessaire et fastidieux exercice de la promotion. Il y a quelques heures, ils étaient place Saint-Lambert et mettaient le feu aux Fêtes de Wallonie. Un mois plus tôt, c’est au Pukkel que nous avions goûté à leurs assauts funky, avant d’en ressortir regonflé à bloc. Si l’on ajoute leur visite printanière aux Nuits Bota et leur passage remarqué mi-juillet à Dour, cela donne une idée du succès des gaillards sous nos latitudes.

La Belgique n’est d’ailleurs pas la seule à avoir adopté ce quatuor nantais. Cela fait un bail que les quatre musiciens se pratiquent. Professionnellement depuis 1998, lors de la création du collectif Coups2Cross, aujourd’hui résumé au simple C2C. Et humainement depuis les bancs du lycée, il y a quinze ans au moins, lorsque 20Syl les a initiés aux joies de la platine un par un. La fine équipe fait donc ses gammes aux scratches au fil des années et décide d’attaquer la compétition en 2003.

Cette année-là, la bande gagne pour la première fois les DMC (pour Disco Mix Club) par équipes à Londres, la plus prestigieuse récompense en matière de scratch dans le monde (technique héritée du hip-hop, consistant à faire de la musique à base d’échantillons d’autres morceaux et de frottements de doigts sur le vinyle). C2C remportera cette compétition quatre fois d’affilée, un record jusqu’à ce qu’ils ne se fassent détrôner par de jeunes Japonais. "Lorsqu’on a vu qu’ils étaient inscrits à la dernière édition, on savait qu’ils allaient gagner pour la 5e fois et nous rafler le titre", avoue Atom, "mais on avait d’autres chats à fouetter !"

Envies qui se sont exprimées au travers de projets hip-hop, le combo rap Hocus Pocus pour 20Syl et Greem d’un côté, et le duo Beat Torrent formé par Atom et Pfel de l’autre. Aujourd’hui, ces deux entités, ces quatre têtes et ces huit mains ne font plus qu’un pour le bien du projet ranimé C2C. Un carré de DJ hip-hop qui secoue le dancefloor, comme le fut à l’époque Birdy Nam Nam, avant de succomber au côté obscur de la force, privilégiant le beat électronique à leurs racines. " On fait de la musique de manière électronique, ce qui explique sans doute que notre disque soit rangé dans ces bacs-là. C’est le plus souvent le sort réservé aux DJ. On comprend qu’il soit difficile de nous caser. Mais à part quelques morceaux, ‘Tetra’ est plus organique qu’électronique" , précise 20Syl.

Certains auraient pu croire que le groupe avait délaissé son hip-hop natal pour le BPM et l’attrait de salles plus remplies. "On n’est pas partis de ce postulat en tous cas ", rétorque Pfel. " C’est une question d’évolution dans nos goûts. Maintenant, on ne considère pas vraiment que ce que nous faisons peut être qualifié d’électro. Il s’agit d’un autre dérivé, peut-être même d’une famille nouvelle à l’horizon électronique "

Technique, le scratch n’est pourtant pas un genre facile d’accès. Il a fallu le rendre attractif. "Le scratch est arrivé de manière secondaire. On a composé des morceaux qu’on estimait cool, mélodiques, dansants, efficaces, comme le ferait n’importe quel producteur. Puis, la platine est venue jouer un rôle dans une phase de déconstruction où l’on a mis cette touche C2C ci et là, toujours avec parcimonie, sans entrer dans la démonstration, en tentant de rester léger, créatif, astucieux et en jouant sur l’aspect performance", explique 20Syl.

A l’écoute de "Tetra", on se dit que s’il existait, à l’instar du rap dit conscient - à la base de la culture du hip-hop avec toutes les valeurs positives qu’il véhicule - un scratch conscient, ces gars-là en seraient les dépositaires. Leur musique est véhicule de bonne humeur, comme le confirme 20Syl. "Il y a un côté ‘feel good music’, ce petit truc qui te met bien, qui donne la banane." Et Greem de conclure : "Cela vient aussi du choix de sonorités chaleureuses, de samples qui accentuent cette sensation de bien-être. On joue beaucoup avec les émotions, en puisant dans la soul voire parfois dans des textures gospel. Il en va de même sur scène. On scratche, certes, mais on saute également, on rappe, on frappe les cymbales et, en fin de compte, on s’éclate, ce qui doit aussi jouer de cette ambiance positive qui en ressort."

A voir le succès de ces quatre B-boys dans le vent, on se dit tout bêtement que le ciel est sans doute la limite. A moins de voir le quatuor emprunter le même genre de trajectoire que ses collègues Birdy, voulant jouer les bolides au détriment de la subtilité pour finalement y perdre leur identité. Au-delà des envies de tuning, c’est souvent la qualité du moteur qui fait les grosses cylindrées.