La route de Montevideo, pas un long fleuve tranquille

Six ans qu’il n’avait plus donné de nouvelles. En 2006, le groupe belge Montevideo sortait un premier album éponyme signé par le label Dragoon de John Stargasm (Ghinzu). Et puis plus rien. En tout cas, pas ensemble...

Marie-Anne Georges
La route de Montevideo, pas un long fleuve tranquille

Six ans qu’il n’avait plus donné de nouvelles. En 2006, le groupe belge Montevideo sortait un premier album éponyme signé par le label Dragoon de John Stargasm (Ghinzu). Et puis plus rien. En tout cas, pas ensemble. Il faut croire que la soudure entre les quatre membres n’était pas assez forte. Le bassiste lève les voiles et, finalement, chacun des autres musiciens s’en va voir ailleurs. Que ce soit comme DJ, comme producteur ou comme claviériste et guitariste de Ghinzu, justement, lors du départ de Kris Dane vers d’autres horizons. Toujours est-il qu’il aura fallu six ans pour rassembler les pièces du puzzle, dispersées dans la nature.

Avant la signature auprès d’une multinationale de "Personal Space", la deuxième galette de Montevideo, la route ne fut pas un long fleuve tranquille. Il y eut d’abord l’enregistrement d’un unique morceau, "Horses", en guise de test, dans le studio new-yorkais DFA, "qui a toujours été un peu notre label de référence, qui nous a donné l’envie de faire de la musique", raconte Jean Waterlot, le chanteur. Et de citer, les yeux pétillants, les groupes qui sont passés par là : Rapture, Echoes, LCD Soundsystem. On sent le jeune trentenaire émoustillé. Le coup d’essai ne se transformera cependant pas en coup de maître.

Le chemin se poursuit, parsemé encore de quelques embûches même si le groupe a retrouvé un bassiste en la personne de Gabriel Reding. A ses côtés, Jean Waterlot, son frère Pierre, et Manu Simonis ont la volonté de sortir quelque chose de présentable, le plus vite possible. Ils enregistrent une démo 8 titres - confectionnée par leurs soins car ils ne sont encore liés à aucune maison de disques. Montevideo continue de se chercher, après être passé par une longue période de remise en question. Ils s’acoquinent avec le producteur Sebastiaan Vandevoorde et enregistrent, en 2011, l’EP "Tribal Dance". Mais c’est Joakim Bouaziz, des studios parisiens Tigersushi, qui va servir de déclic. Après s’être approprié les maquettes, il réenregistre tout de A à Z.

La fameuse signature de "Personal Space" sur une major, Montevideo la doit à une initiative de leur manager, Dirk De Ruyck. "Il y a un an aux Nuits Bota. Il a invité EMI. On était encore en période d’écriture, mais on faisait quand même des dates sans être sous contrat. EMI est venu nous voir, ils ont apprécié le live. Ils ne sont pas revenus tout de suite vers nous, mais quand on est arrivés avec le produit fini, tout s’est très vite emballé." L’album, qui vient de sortir en Belgique, est prêt à convaincre, même s’il manque quelque peu de cohérence.

A la lecture du "track by track" (petite notice explicative à l’usage des journalistes), l’on s’étonne des références. Ici, les Smiths, là Robert Palmer, ou encore les Happy Mondays quand ce n’est pas "une basse vicieuse". "C’est moi qui ai rédigé cette présentation avec l’aide d’un journaliste", avoue Jean Waterlot qui, lui-même, a suivi, des études de journalisme. On écartera les Smiths et la basse vicieuse pour se concentrer sur les clins d’œil plus criants. "On a toujours assumé le côté fort référencé de nos compositions. Pour réaliser des choses inspirées, il faut regarder ses modèles", assure le chanteur. Et ceux-ci sont à chercher dans les années 80. Décidément, il faut se rendre à l’évidence : la rentrée musicale de 2012 est placée sous le signe de ces années où les rythmes synthétiques avaient pris le pouvoir.

Par la force des choses, les membres du groupe Montevideo ont souvent été liés au milieu de la nuit. "A l’époque du Mirano et du Dirty Dancing, se souvient Jean Waterlot, on était un des premiers groupes belges à se produire dans ce genre d’endroits. Quand on allait à Paris, en 2006-2007, on jouait au Baron. Notre musique a toujours flirté avec la dance et l’envie de vouloir faire danser les gens." Diversifier ses activités, une manière comme une autre d’assurer ses arrières, si l’on peut dire. "Ce ne serait pas honnête de dire que Montevideo est mon unique projet. Gabriel, notre bassiste, est encore architecte et mon frère a bossé dans une agence de pub", confie le chanteur, ajoutant qu’ils ont vendu un de leurs morceaux ("Castles") à l’usage d’une campagne publicitaire pour une célèbre marque de sacs "sportswear". Et ce n’est pas uniquement à cause de son nom que le groupe a intrigué les Latino-Américains puisque cette fameuse campagne a inondé le continent latino. Là-bas, Montevideo ne désigne plus uniquement le nom de la capitale de l’Uruguay. Un important retour. Pour Jean Waterlot, "avoir un morceau sur une pub est quasiment aussi efficace qu’un passage en radio". A l’heure de la crise du disque, en voilà un qui n’est pas né de la dernière pluie

"Personal Space", un CD EMI.


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