Ouvrir le champ des possibles

La crise, cela fait quarante ans qu’on dit que c’est la crise - dans le domaine économique du moins. S’agit-il encore d’une crise? Quelles en sont les causes? La notion de crise ne maintient-elle pas les gens dans une situation de panique et de repli sur soi?

Sophie Lebrun
Ouvrir le champ des possibles
©Alexis Haulot

La crise, cela fait quarante ans qu’on dit que c’est la crise - dans le domaine économique du moins. S’agit-il encore d’une crise ? Quelles en sont les causes ? La notion de crise ne maintient-elle pas les gens dans une situation de panique et de repli sur soi ? On parle de période de transition, de perte de repères : n’est-ce pas l’occasion d’ouvrir le champ des possibles ? Au lieu de vouloir sauver les meubles à tout prix, d’anticiper et d’organiser le déménagement ? Ces questions, résumées sous le thème "L’Antécrise", sont au cœur de la 13e édition du Festival des Libertés, qui se tiendra du 18 au 27 octobre à Bruxelles, au Théâtre national et au KVS. Une fois encore, musique, cinéma, théâtre, débat et arts plastiques sont au menu d’un événement qui entend "promouvoir les libertés et interroger leur place dans le monde actuel", indique Mathieu Bietlot, responsable de la cellule débat au sein de Bruxelles Laïque et co-programmateur du festival.

La question de la crise d’identité, par exemple, est "magnifiquement illustrée par la pièce "Nour" de la Cie GdRA : l’histoire d’une jeune Franco-Algérienne qui se pose des questions sur ses origines, ses identités multiples" (le 24/10). Spectacle sans frontières s’il en est : il mêle théâtre, documentaire, danse, musique et acrobatie. Au rayon scènes, notons par ailleurs le retour de la très belle pièce "Le 20 novembre" de Lars Norén : Anne Tismer incarne Sébastien Bosse, cet étudiant qui, en 2006 dans une école d’Emsdetten, tira sur une trentaine de personnes avant de se suicider (20/10).

Mais le Festival des Libertés fait surtout la part belle au cinéma et à la musique. Trente films sont présentés dans le cadre de la Compétition internationale de documentaires. Projetés dans la salle Huisman du National, ils questionnent également les droits de l’homme et les crises de tous ordres. La question israélo-palestienne notamment, et de manière générale la guerre sont très présentes, souvent sous un angle humain, plongeant dans le quotidien des populations locales. Il est aussi beaucoup question de migrations, et du sort des Roms. Certaines projections sont suivies d’une rencontre avec le réalisateur ou une ONG, ou peuvent être prolongées par un débat. Après la vision de "Facebook Follies" (27/10) qui dénonce les dérives des réseaux sociaux, on s’interrogera ainsi sur "Internet, un espace récupéré ou à se réapproprier ?". Pointons encore, parmi les 18 débats et forums programmés, "Crise et émocratie" (21/10). "Le pouvoir de l’émotion dans le gouvernement de la démocratie est inquiétant, souligne Mathieu Bietlot. Voyez l’affaire Michelle Martin, où le politique se sent obligé de répondre dans l’urgence à une émotion populaire (entretenue par certains médias), d’apporter des réformes graves en termes de droits fondamentaux."

Les concerts constituent l’autre "gros morceau" du festival. "La musique - qui parle plus au grand public - joue un rôle mobilisateur, fédérateur", pointe le programmateur. L’affiche est éminemment éclectique - et souvent engagée - entre chanson (Thiéfaine), musique tzigane des Balkans (Taraf de Haidoucks&Kaconi Orkestar), "blufunk" (Keziah Jones) et reggae (Max Romeo et U-Roy), mais aussi - signe des temps - hip hop (Public Enemy, De La Soul ) et electro (Birdy Nam Nam ). Le festival en profitera pour questionner les artistes. "Thiéfaine parle d’un monde en crise, est très attaché aux libertés, mais il est assez critique par rapport au militantisme, à l’engagement. On va l’interroger là-dessus". L’interview filmée sera postée sur le site du festival et via facebook. N’oublions pas que des concerts gratuits - et non des moindres - sont également à l’affiche, au foyer/bar du National. Waxdolls (electro-punk), Romano Nervoso (rock) ou encore Frown I Brown (hip hop) devraient attirer, en fin de soirée, un public jeune et branché.

Avec tout cela, le Festival des Libertés devrait encore attirer un public curieux, plus hétéroclite qu’on pourrait le croire. Où, par exemple, le visiteur venu pour un concert se laisse happer par une expo, par le public sortant d’un débat ou par une vidéo l’incitant à revenir au festival (bande-annonce d’un documentaire, ambiance de la veille ). En fin de compte, "on se situe entre un événement comme le Festival de cinéma d’Attac, qui ne touche que des militants convaincus, et un festival comme Couleur Café, plus grand public", indique Mathieu Bietlot.

Programme complet sur www.festivaldeslibertes.be