Julian Plenti redevient Paul Banks

Le chanteur d’Interpol – en sommeil mais non dissout – passe avec succès le cap du second album. Et reprend son nom au passage. Rencontre.

Julian Plenti redevient Paul Banks
©Reporters
Nicolas Blanmont

En 2009, Paul Banks avait sorti un premier album solo sous le titre "Julian Plenti is Skyscraper". Titre et plus encore pseudonyme énigmatiques pour le charismatique chanteur d’Interpol qui a, depuis, décidé de revenir à son patronyme original pour son second opus, très sobrement intitulé "Banks". Avec une pochette qui évoque un gratte-ciel en construction, mais n’allez pas y revoir quelque retour du skyscraper : "C’est une photo que j’ai prise à Panama et, dès ce moment, j’ai su que ce serait la pochette de mon album. J’aime l’idée d’une photo qui ne pourra jamais être recréée à l’identique puisqu’on voit au premier plan un immeuble en construction, mais qui doit être achevé depuis. Et puis, elle convient parfaitement au titre de l’album : Banks, ce n’est pas seulement moi, c’est aussi l’endroit où l’on met son argent !"

Contrairement à ce que laissent entendre certaines rumeurs, Interpol existe toujours, confirme Banks : "Une tournée est prévue l’année prochaine, et nous travaillons déjà sur un nouvel album, sans doute pour 2014."

De toute façon, l’éventuel sommeil d’Interpol n’est pas la seule raison de l’activité solo comme il l’explique avec une netteté dont on se demande si elle est teintée de résignation ou d’amertume.

"Il est admis de longue date que c’est Daniel (NdlR : Kessler, guitariste et co-leader du groupe) qui signe les chansons d’Interpol. Interpol a une certaine façon de travailler ses chansons, c’est une décision collective. Je ne suis pas songwriter dans Interpol, je garde donc mes compositions, que ce soit pour Plenti, Banks ou un autre groupe. J’avais écrit Hands Away sur le premier album, mais cela n’a pas fonctionné, et nous avons ensuite décidé que nous travaillerions dorénavant sur les seules chansons de Daniel."

Sur le disque, Banks joue lui-même tous les instruments, exception faite des parties de batterie de trois chansons, mais il a constitué un groupe de tournée pour les concerts qu’il donnera début 2013.

Occasion pour lui d’une plus grande liberté scénique, par rapport à Interpol, son style, son image et ses codes vestimentaires ? "J’ai aussi un code vestimentaire pour mon groupe ! Je ne considère pas mon travail en solo comme le dérivatif pour un manque de liberté que j’aurais dans le groupe : ce sont juste deux choses différentes, liées à deux répertoires différents. En tant que chanteur d’Interpol, je réagis aux chansons de Daniel, avec aussi les apports de Carlos et de Sam. Ici, je réagis à mes propres compositions : Interpol est un processus réactif, mes propres albums sont plus actifs. C’est donc forcément plus personnel, mais cela ne signifie pas que ce soit mieux ou moins bien : Interpol reste pour moi un formidable projet auquel je suis heureux de contribuer."

Côté textes, les chansons de l’album oscillent entre l’autobiographique et la fiction. "J’ai toujours aimé jouer des rôles : The Base ou I’ll Sue You sont ainsi purement imaginaires. A côté de cela, certaines chansons me racontent plus, comme Over My Shoulder ou Young Again. Il en va de même dans Interpol, où le ‘je’ est parfois ‘moi’, mais pas toujours. De la même façon que le ‘lui’ peut parfois être moi ! Mais personne ne sait vraiment ce qu’il en est, et c’est très bien comme cela."

A-t-il pour autant parfois envie de changer ses textes quand il les interprète sur scène, parfois plusieurs années après les avoir écrites ? "Il est vrai que je me dis parfois : pourquoi ai-je écrit ceci ? Mais une fois qu’une chanson a été publiée et transmise au public, elle ne vous appartient plus tout à fait, et vous n’avez plus le droit de la modifier. Il en va de même pour toute œuvre d’art : pensez aux réactions courroucées des fans de Star Wars quand George Lucas veut y retoucher des choses."


CD "Banks", Matador/Beggars. En concert à l’Ancienne Belgique, Bruxelles, le 25 janvier 2013.

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