Mujeres, rois du bal de promo

Le groupe catalan est venu faire découvrir au public belge le son électrique de leur second album, “Soft Gems”.

Nicolas Capart
Mujeres, rois du bal de promo
©D. Canto

Deux ans déjà que nous attendions la venue du combo ibérique sous nos latitudes. C’est en effet à l’aurore du printemps 2010, sous le soleil catalan et au fil des allées du toujours très recommandable Primavera Festival, que nous avions pour la première fois goûté aux rengaines pimentées des Black Lips de l’étape. Un premier album éponyme était venu chatouiller nos écoutilles à l’époque puis, juste avant l’été écoulé, un second intitulé “Soft Gems” est venu confirmer tout l’intérêt que suscitait déjà en nous le son électrique, galopant et criard de ces sympathiques garçons, amis depuis les bancs de la faculté de cinéma.

À domicile, les membres de cette jeune formation garage pop-rock qui roulent les R ont ainsi écumé toutes les scènes mises à leur disposition, en ce compris celles des nombreux petits bars de Barcelone où le quatuor initia son parcours. Yago Alcover (chant/guitare), Martí Gallén (guitare), Martín Gutierrez (batterie) et Pol Rodellar (basse) ont donc, doucement mais sûrement, préparé leurs paquetages pour enfin visiter le reste du Vieux Continent.

Mais avant le carré “caliente”, nos gentils programmateurs botaniques avaient convié un triangle un rien moins exotique. Nicolas Nollomont, guitariste-chanteur, et ses acolytes batteur Robin Thirion et bassiste Antoine Jassogne, forment depuis 2008 l’équipée Whatever. Trio ardennais de minets-rockeurs juvéniles venus avec moults renforts marcher sur la capitale et déverser ses rengaines adolescentes de la voix nasillarde de son leader. Par conséquent, le tableau dépeint sous nos yeux oscille rapidement entre fancy fair et bal de promotion sauce américaine, avec tout ce que ça implique en termes de chorégraphies truculentes, de groupies stridentes et de grands gaillards excités. Au terme de cette première partie, on voit progressivement la salle se vider et l’on craint le pire pour nos amis espagnols...

Mais c'est bien mal connaître Mujeres... Certes, au moment d'entrer dans l'arène, nos quatre toréadors font face à une assemblée disparate, mais il ne leur faudra que quelques accords acérés pour faire monter la température et débaucher les déhanchés réfractaires de nos fans ardennais. Quel que soit le parterre en présence, avec eux la formule demeure la même et le tarif reste non-négociable... Un garage rock de sales gamins sautillants et des gimmicks ensoleillés et souriants, livrés à pleine gorge et à toute allure par quatre musiciens dont c'est un euphémisme de dire qu'ils s'éclatent sur scène.

Les tubes du premier effort studio de la bande (sorti en 2009, NdlR.) résonnent toujours d'une affolante efficacité, et c'est dans une joyeuse bousculade que sont accueillis les imparables "Amusement" et "L.A.". D'un coup, l'antre semble bien plus remplie, la cerveza coule à flot – parfois sur nos têtes – et le mercure grimpe à vitesse grand V. Mais la dernière plaque en date du quatuor recèle elle-aussi de hits en puissance. L'introductif "Soft Gems part.1" et le cinglant "Salvaje" viennent vite nous en convaincre si besoin était. Plus tard, "How I Am" – déjà présent sur le disque précédent dans une version quasiment identique – ralentit la cadence avec style avant l'épique et romantique "I'm Over with You", dont le rif déferlant poussera certains hôtes jusqu'au slow langoureux...

À nouveau, on s’étonne de cette ambiance quasi surréaliste digne d’une boom de rhétos mais, entre deux coups de coude musclés, cette jolie parenthèse offre quelque répit. D’autant que la fin des échanges sera l’occasion d’un ultime tourbillon où les dernières mousses en gobelet voleront, le temps de deux rappels et d’un point final de bon goût emprunté à la tradition rock péruvienne des années septante. Ce dernier se fit devant une poignée restante de privilégiés qui, volontairement ou pas, auront assisté à un excellent gig ce jeudi à Bruxelles.