Hot Chip ou le groove romantique

Peu avant 23 h, les lumières de l’Ancienne Belgique se rallument quand le son, lui, s’éteint. Et nous laisse là, frustrés par nos envies d’encore, alors que l’équipée Hot Chip a, elle, déjà regagné l’envers du décor.

Nicolas Capart
Hot Chip ou le groove romantique

Peu avant 23 h, les lumières de l’Ancienne Belgique se rallument quand le son, lui, s’éteint. Et nous laisse là, frustrés par nos envies d’encore, alors que l’équipée Hot Chip a, elle, déjà regagné l’envers du décor. Après tout c’était samedi soir et nous aurions pu continuer pendant des heures. Les pieds battants sur le dancefloor et les mirettes fermées comme pour sentir davantage cette apesanteur. Y’a pas à dire, ces gars-là savent y faire...

Bientôt quinze années de carrière pour le collectif londonien à lunettes (sauf pour notre interlocuteur sur le cliché ci-contre). Maturité du discours mais aussi musicale, thématiques adultes, efficacité arrogante sur les planches, facilité déconcertante à faire danser l’audience, manifeste confiance : les années aidant, Hot Chip - et plus encore Joe Goddard assis devant nous plus tôt dans l’après-midi - imprègnent un rythme de force tranquille qui leur sied à ravir.

" C’est le cas en effet, nous avons de plus en plus confiance en nous. De par l’expérience d’une part, mais aussi parce que nous sommes désormais sept en piste lors des concerts. Cela fait une grande différence ", nous explique le synthé, percussionniste et second cerveau du groupe. Avant de poursuivre : " Divertir est la seule mission qui nous incombe lorsque l’on est sur scène. Et nous aimons tellement ressentir la chaleur que dégage un public dense, rassemblé pour nous écouter. Du coup, nous ne voyons aucun inconvénient à interpréter les morceaux que les gens connaissent, à savoir nos anciens singles. C’est peut-être parce qu’on joue les DJ bien souvent... Parfois il faut mettre ses envies et son ego de côté pour se contenter de divertir la foule. "

Pourtant, à mi-chemin de ce live aux atmosphères sinusoïdales, nos hôtes s’offrent une parenthèse de douceur. Dans la foulée d’un classique "Over & Over" extatique et revigorant, Hot Chip déroule le naïf mais pas moins élégant "Look at Where We Are", issu de son dernier chapitre. Ballade synthétique et épidermique qui transforme du tout au tout l’ambiance des lieux. Nouvelle preuve s’il en fallait que les Britanniques ont aujourd’hui changé de ton. " Au fond, nous sommes une bande de gars assez romantiques. Et à différents aspects quand il s’agit de transformer ces émotions en notes. Les belles choses de l’amour certes, mais aussi la mélancolie ou parfois la tristesse. "

Cela se sent surtout dans l’écriture, les mots prenant de plus en plus souvent le pas sur les notes. " Pour Alexis (Taylor, le chanteur, avec qui Goddard co-écrit la majorité des textes, NdlR), les paroles ont toujours été primordiales. Ses textes sont quasiment des poèmes dont la musique devra s’accommoder ensuite. Au fil des disques précédents, il y avait sans doute plus de moments de folie que sur "In Our Heads" et, dans ce sens, il apparaît bien comme un album de maturité. Mais nous tâchons de rester joueurs, drôle et de nous amuser. Même si demeure un schéma naturel qui traverse cet opus. "

Un petit dernier, le 5e d’une discographie sans faille, où il s’agit toujours de faire la fête, mais moins. " Ce genre de constat vient effectivement avec l’âge, on a tous des familles aujourd’hui. Néanmoins, nous sortons encore beaucoup, on tâte des platines en soirée dès qu’on en a l’occasion, on se met minable comme avant... Mais clairement moins souvent. On tient moins bien l’alcool aussi (rires). En termes de goût musicaux, je le concède, nos envies sonnaient probablement plus ‘ravy’ (de l’anglais "to rave"=s’extasier, NdlR) à l’époque, et le BPM (de l’anglais "beats per minute"= rythme, NdlR) a tendance à ralentir. "

Ralentir pour mieux accélérer, comme le fit samedi la prestation du combo electro-pop anglais, se concluant au terme du rappel sous des applaudissements aussi mérités que bruyants. Une victoire sur le sort pour ces petits blancs binoclards et mal fagotés du patelin de Putney, où les gens considèrent encore avec stupéfaction les goûts en matière de R’n’B et de rap de Joe Goddard et les autres. " J’aime le rock et les groupes de rock. Mais j’en ai marre de croiser des gens obsédés par les Beatles et déterminés à se souvenir ce que portait comme chaussures John, Paul ou Ringo le 7 juillet de tel année (...) Aimer le rap, le R’n’B ou les guitares sont des approches différentes pour appréhender la musique. Pour la consommer aussi... J’ai été voir D’Angelo en concert il y a peu et il a rendu tout le monde heureux dans cette salle. Avec le temps, les mentalités changent, on l’espère." Pas prêts d’être blasés nos hipsters préférés. " Certains disent qu’on est des hipsters, d’autres que nous sommes des geeks ou des nerds... Mais qu’est-ce qu’être hipster finalement (se demande-t-il dans son t-shirt illustrant une bagarre de grizzlys, NdlR) ? C’est peut-être se dire fan de R. Kelly. Ou alors être systématiquement attiré par des choses que le plus grand nombre trouve ringardes. Dans ce cas, nous étions bien hipsters avant les hipsters. "


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