Reine Elisabeth: portraits des douze finalistes

Il n'y a pas de Belge cette année en finale du Concours Reine Elisabeth. Mais les douze finalistes sont remplis de talent. Qui sont-ils? Voici leurs portraits.

Reine Elisabeth: portraits des douze finalistes
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N.B.

Il n'y a pas de Belge cette année en finale du Concours Reine Elisabeth. Yannick Van de Velde et Stephanie Proot n'ont pas été retenus par le jury et ne font donc pas partie des 12 pianistes qui se présenteront, deux par soirée, du lundi 27 mai au samedi 1er juin au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

La proclamation du résultat de la demi finale s'est déroulée dans la nuit de samedi à dimanche peu après minuit 30 à Flagey où se déroulent les deux premières épreuves du Concours.

Les douze finalistes sont, dans l'ordre de passage: Tatiana Chernichka (Russie), Zhang Zuo (Chine), Rémi Geniet (France), Roope Gröndahl (Finlande), Stanislav Khristenko (Russie), Boris Giltburg (Israël), Yuntian Liu (Chine), Andrew Tyson (USA), Sangyoung Kim (Corée), David Fung (Australie), Sean Kennard (USA) et Mateusz Borowiak (GB-Pologne). Mais qui sont-ils?

Tatiana Chernichka, Russie (29 ans)

Née le 15 mai 1984 à Novossibirsk, résidant actuellement à Munich où elle est élève d’Elisso Wirsaladze depuis 2003, Tatiana Chernichka a également étudié au Mozarteum de Salzbourg de 2009 à 2011. Elle a terminé troisième du concours Busoni de Bolzano en 2011. Son récital – Prokofiev, Liszt et même Debussy – avait déjà montré d’immenses qualités techniques et une puissance rare. Son Mozart (la majeur K. 488), d’un classicisme de bon aloi, aura démontré qu’elle possède aussi une vraie musicalité : en demi-finales, Chernichka s’est révélée comme une belle synthèse entre l’école russe et la tradition allemande. (N.B.)

Lundi 27 mai, 20h. Haydn, sonate en fa majeur XVI : 23. Tchaïkovski, Concerto n° 1 en si bémol mineur

Zhang Zuo, Chine (23 ans)

Née le 10 octobre 1989 en Chine, Zhang Zuo s’est d’abord formée dans son pays natal avant de partir étudier aux Etats-Unis, d’abord avec Nelita True puis avec Robert Mc Donald à la Juilliard School of Music. Elle a été demi-finaliste du Concours de Leeds en 2012. La Chinoise fut sans nul doute une des candidates les plus séduisantes de ces demi-finales, et pas seulement par le large sourire qu’elle arbore en permanence. Il y eut d’abord ce récital avec un Rzewski onirique et ludique, un « Ondine » de Ravel aux reflets moirés et de superbes études symphoniques de Schumann. Puis ce fut Mozart (K. 491), raffiné et plein de nuances.

Lundi 27 mai, 21h45. Beethoven sonate n° 18 en mi bémol majeur. Tchaïkovski, Concerto n° 1 en si bémol mineur

Rémi Geniet, France (20 ans)

Né le 1er décembre 1992 à Montpellier, Rémi Geniet a obtenu un diplôme supérieur de concertiste à l’Ecole Normale Cortot puis une licence de piano au Conservatoire de Paris. Parmi ses professeurs, Brigitte Engerer et Claire Désert. Il a obtenu deux troisièmes places, d’abord au Concours Horowitz (2010) puis au Concours Beethoven de Bonn (2011). Le benjamin de cette session 2012 n’est pas là pour jouer les utilités, et on ne serait même pas surpris de le voir sur le podium. Couleurs, construction du discours, technique : Bach, Prokofiev et Rzewski avaient déjà fait de son récital un grand moment. Son concerto de Mozart (n° 20 en ré mineur) a confirmé sa personnalité.

Mardi 28 mai, 20h. Beethoven, sonate n° 9 en mi majeur. Rachmaninov, concerto n° 3 en ré mineur

Roope Gröndahl, Finlande (23 ans)

Né le 20 octobre 1989 à Helsinki, Roppe Gröndahl vit actuellement à Londres où il se perfectionne avec Christopher Elton à la Royal Academy of Music après avoir étudié à l’Académie Sibelius d’Helsinki. Après une deuxième place en 2008 au Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2008, il a remporté en 2012 le Harriet Cohen Bach Award à Londres. Grande maîtrise technique, capacité à interroger les œuvres et véritable affinité avec la musique d’aujourd’hui : telles sont les qualités – utiles en finale - qu’a révélées Roppe Gröndahl dans son récital. Son Mozart (K. 595) a confirmé ces vertus, mais aussi le risque de manque de netteté du discours qui va de pair.

Mardi 28 mai, 21h45. Beethoven, sonate n° 24 en fa dièse majeur. Brahms, concerto n° 1 en ré mineur

Stanislav Khristenko, Russie (29 ans)

Né le 25 mai 1984 à Kharkov (Ukraine), Stanislav Khristenko a d’abord été formé au Conservatoire de Moscou avant de poursuivre ses études au Cleveland Institut. Il réside aujourd’hui à New York. Il a obtenu le deuxième prix au Concours de Pretoria en 2012, et vient de gagner le Concours de piano Maria Canals à Barcelone. Avec son physique d’ours débonnaire, le Russe a sans doute plus convaincu par son récital (une magnifique deuxième sonate de Prokofiev et une brillante Rhapsodie espagnole de Liszt) que par un Mozart un peu décontenançant.

Mercredi 29 mai, 20h. Haydn, sonate en ré majeur XVI : 42. Brahms, concerto n° 1 en ré mineur

Boris Giltburg, Israël (28 ans)

Né le 21 juin 1984 à Moscou, Boris Giltburg réside en Israël où il est l’élève d’Arim Vardi (professeur notamment de Yefim Bronfman et Yundi Li) à la Buchmann-Mehta School of Music de l’Université de Tel Aviv. Il a remporté le deuxième prix au Concours Rubinstein de Tel Aviv en 2011. En récital, ce fut un des plus beaux « Dream » de Rzewski, une très colorée étude-tableau de Rachmaninov et une mémorable sonate de Liszt. Trois jours plus tard, son Mozart (K. 450) fut finalement si lumineux que le jury ne lui a pas tenu rigueur d’un moment d’égarement dans le premier mouvement.

Mercredi 29 mai, 21h45. Beethoven, sonate n° 27 en mi mineur. Rachmaninov, concerto n° 3 en ré mineur

Yuntian Liu, Chine

Né le 12 août 1986 à Hengyang, Yuntian Liu s’est d’abord formé au Conservatoire du Qinghai avant de poursuivre son cursus chez Stanislav Ioudenitch à la Park University de Parkville. Il réside actuellement aux Etats-Unis. Son CV est vierge de tout concerts et ne mentionne qu’un seul concours : le concours Horowitz pour jeunes pianistes en Ukraine où il a remporté le deuxième prix en 2007. Au-delà d’une allure un peu austère, Yuntian Liu a révélé une vraie personnalité, tant dans son concerto de Mozart (n° 17 en sol majeur) que dans son récital : Liszt (Sonnet de Pétrarque) et Rzewski très expressifs, et une passionnante sonate n° 6 de Prokofiev. Il lui arrive de chanter tout en jouant : les premiers rangs de Bozar l’entendront-ils ?

Jeudi 30 mai, 20h. Beethoven sonate n° 7 en ré majeur. Tchaïkovski, Concerto n° 1 en si bémol mineur

Andrew Tyson, Etats-Unis (26 ans)

Né le 19 décembre 1986 à Durham, Andrew Tyson réside à New York. Après avoir commencé avec Claude Frank au Curtis Institute, il est actuellement– comme Zhang Zuo, à qui il avait d’ailleurs prêté une de ses cadences pour le concerto de Mozart en demi-finales – l’élève de Robert Mc Donald à la Juilliard School. Il a remporté le cinquième prix au Concours de Leeds l’an dernier. Souriant et juvénile, Andrew Tyson s’était montré un peu nerveux mais très personnel dans son Mozart (n° 21 en ut majeur) donné avec une cadence de sa propre main. Il aura sans doute gagné son billet pour les finales avec son superbe récital : partita de Bach, préludes de Dutilleux et sonate de Scriabine.

Jeudi 30 mai, 21h45. Mozart, sonate n° 15 en fa majeur. Rachmaninov, concerto n° 2 en ut mineur

Sangyoung Kim, Corée (29 ans)

Née le 8 janvier 1984 à Séoul, Sangyoung Kim réside actuellement aux Etats-Unis. Elle se forme depuis dix ans au Conservatoire de Nouvelle Angleterre de Boston avec Russell Sherman et Wha Kyung Byun. Elle a remporté le Concours Bösendorfer-Yamaha d’Arizona en 2008. On mentirait en écrivant qu’on attendait impatiemment de retrouver Sangyoung Kim en finale. Hormis dans un final un peu plus animé, son Mozart (la majeur K. 488) avait semblé un peu plat. Son récital vendredi soir a été, semblablement, un grand moment d’ennui, de la troisième sonate de Scriabine aux Variations Eroïca de Beethoven. Les moyens techniques sont certes impressionnants, mais on attendra plus en finale.

Vendredi 31 mai, 20h. Schubert, Sonate en la majeur D. 664. Prokofiev, Concerto n° 2 en sol mineur

David Fung, Australie (29 ans)

Né le 19 août 1983 à Hong Kong mais de nationalité australienne, David Fung réside actuellement à New York, où il s’est notamment formé avec Peter Frankl à la Yale School of Music. Il a notamment été finaliste des concours de piano de Tel Aviv (2008) et Calgary (2012). Le doyen de la session est aussi un des candidats qui a été le plus apprécié en demi-finales. Pour son style souriant et décontracté, mais aussi pour sa musicalité et sa personnalité, tant dans son concerto de Mozart (K. 467, avec cadence maison) que dans un récital lumineux au programme intelligemment construit (Scarlatti, Rachmaninov, Beethoven).

Vendredi 31 mai, 21h45. Mozart, sonate n° 4 en mi bémol majeur. Brahms, concerto n° 2 en si bémol majeur

Sean Kennard, Etats-Unis (29 ans)

Né le 10 mars 1984 à San Diego, croyant fervent – il expliquait récemment au micro de Musiq 3 que c’était Dieu qui jouait à travers lui – Sean Kennard s’est d’abord formé au Curtis Institue puis au Collège de Charleston avant de se perfectionner auprès de Richard Goode à la Juilliard School. Il a remporté le concours Luis Sigall de Vina del Mar (Chili) en 2007 et vit aujourd’hui à New York. Son concerto « Jeunehomme » de Mozart fut parfois instable mais tonique et plein d’idées. Dans son récital, deux impromptus de Schubert et la première ballade de Chopin ne convainquirent pas totalement, mais « Petrouchka » de Stravinski fit, sans doute, la différence.

Samedi 1er juin, 20h. Haydn, sonate en ut majeur XVI : 48. Brahms, concerto n° 1 en ré mineur

Mateusz Borowiak, Grande-Bretagne-Pologne (24 ans)

D’origine polonaise mais né le 17 juillet 1988 à Londres et y résidant, Mateusz Borowiak a d’abord suivi les cours de la Guildhall School de Londres et de l’Université de Cambridge avant de poursuivre sa formation chez Andrzej Jasinski (qui fut également le professeur de Krystian Zimerman) à l’Académie de Katowice. Il a déjà remporté les concours de Monza (2010), Katowice et Barcelone (2011). Borowiak vérifiera-t-il l’axiome élisabéthain des derniers qui terminent premiers ? Toujours est-il que tant son Mozart (K. 271) que son récital (partita de Bach et « Gaspard de la nuit » de Ravel) ont fait très forte impression.

Samedi 1er juin, 21h45. Beethoven, sonate n° 31 en la bémol majeur Rachmaninov, concerto n° 3 en ré mineur

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