Vous prendrez bien un divertissement anarchiste? D.A.A.U. en 8 leçons

A la veille de sortir un nouvel opus, les Belges D.A.A.U. feront leur retour à Bruxelles ce vendredi soir. Rencontre.

Capart Nicolas
Vous prendrez bien un divertissement anarchiste? D.A.A.U. en 8 leçons
©D.R

Pas évident de retenir la chose, même si, pour ne pas les confondre avec un certain Etienne à l’oral, un effort s’impose. Die Anarchistische abendunterhaltung, qui signifie "le divertissement anarchiste nocturne" dans la langue de Goethe, a été emprunté il y a plus de vingt ans par une bande de copains musiciens de la belle Anvers à l’écrivain allemand Hermann Hesse. Un extrait de son fameux roman "Le Loup des steppes" - Der Steppenwolf publié en 1927 - qui visiblement inspira suffisamment Roel Van Camp, Han Stubbe, Buni et Simon Lenski au début des années nonante pour que le quatuor en choisisse l’acronyme en guise de patronyme. Aujourd’hui, si les choses ont évolué, l’avatar va toujours comme un gant à cette formation au caractère sauvage, aux envies atypiques et à la géométrie variable.

Nouvelles paires de menottes virtuoses

Les frangins fondateurs ont désormais tous deux quitté le navire, donc, pour façonner en studio le septième chapitre de sa discographie, D.A.A.U. a dû accueillir à bord de nouvelles paires de menottes virtuoses. Une métaphore qui prend tout son sens quand l’on sait où le groupe répétait tout au long de cette semaine. "Ces derniers temps, on a bossé dans le port d’Anvers. On s’est installé sur un petit bateau qu’une amie à nous a eu la gentillesse de nous prêter le temps de nos répétitions. Elle en a fait l’acquisition il y a quelques années et y organise des concerts assez régulièrement depuis. C’est un lieu vraiment extraordinaire, entouré de nature, en dehors de la ville, très calme… Idéal pour y pratiquer notre musique."

Aux côtés des anciens Van Camp (à l’accordéon) et Stubbe (à la clarinette, et notre interlocuteur lors de cette interview), on retrouve Hannes D’Hoine à la contrebasse depuis 2006 et une nouvelle recrue de choix, le batteur Steven Cassiers. "Nous voulions ajouter des éléments à notre musique, enrichir les partitions, essayer de nouvelles choses, avec une éventuelle quatrième personne. Comme il jouait dans Dez Mona avec Roel, notre accordéoniste, son nom est rapidement arrivé sur la table. L’harmonie s’est faite très facilement et on a décidé par conséquent d’inviter Steven en studio pour façonner le nouvel album avec lui."

Pas peur de l’émotionnel

Membre de Dez Mona, Cassiers l’est aussi de Dans Dans, autre joyau du "rock" flamand s’il en est, dont les improvisations, certes plus jazz, n’en sont pas moins comparables aux pérégrinations sonores de D.A.A.U. "Il s’agit de groupes qui pratiquent une musique instrumentale, c’est un grand point commun. Deux groupes qui n’ont pas peur de s’aventurer dans l’émotionnel non plus. Comme eux, nous nous contentons de raconter des histoires, sans parole…"

Les mélodies dessinées par les Anversois forment autant de tableaux dans lesquels on s’immerge même où l’on n’a pas pied. "Notre musique évoque d’elle-même beaucoup d’images. Elle se veut visuelle. Et il y a certainement une très grande influence de la musique classique qui, elle aussi, consiste bien souvent à raconter des histoires… Nous avons d’ailleurs tous plus ou moins une formation académique." Une influence classique, oui, mais pas seulement. Une musique suggestive sous une plume narrative, comme la pratiquait encore il y a quelques années les héros du vieillissant label anglais Ninja Tune - Bonobo ou le Cinematic Orchestra en tête - le côté synthétique en moins (car, ici, aucun son digital ne s’échappe en live et à peine quelques effets électroniques apparaissent sur disque). Pas étonnant de les voir plébiscités par le réalisateur belgo-américain John Shank pour composer la bande-originale de son film "L’hiver dernier".

Nous les avions déjà croisés par surprise - et beaucoup appréciés - sur la petite scène dans la prairie du festival Deep in the Woods début septembre. Juste après une furtive sortie à domicile mercredi pour rompre officiellement ces quatre années d’absence, et juste avant un retour dans les bacs attendu d’oreille ferme par les fans, la nouvelle équipe dévoilera "Eight Definitions" en avant-première sur les planches de l’Atelier 210 ce vendredi soir. Huit manières d’expliquer en notes ce qu’est D.A.A.U. aujourd’hui. "Cela fait un bail qu’on n’a plus foulé de scènes, et notre style a légèrement changé en quatre ans… Il y a eu en effet beaucoup de changements, donc pour nous c’est un peu comme un nouveau départ. Mais toute cette énergie, c’est enivrant." Et, pour y avoir goûté, cette ivresse-là est douce.


En concert : Ce vendredi 4 octobre à l’Atelier210. Infos : www.atelier210.be. Un disque : "Eight Definitions" (Excelsior/V2)