Neil Young, au nom de l’amour

Le seul et unique Neil ne fut pas toujours à son affaire à Lokeren. Mais quand il y était... Critique.

Dominique Simonet
Neil Young, au nom de l’amour
©REPORTERS

Le seul et unique Neil ne fut pas toujours à son affaire à Lokeren. Mais quand il y était... Critique. 

Le Flamand aime faire la fête, c’est d’ailleurs une chose qu’il partage avec le Wallon. Mais le Flamand y ajoute souvent un petit supplément culturel : sur les Gentse Feesten s’est greffé le Gent Jazz Festival, et les Lokerse Feesten se sont offert leur festival rock. Sans jamais se renier : sur le Grote Kaai, des panneaux indiquent "Kermis". Se déroulant du 1er au 10 août, les Fêtes lokerenoises, de très bonne tenue, ont un point culminant : Neil Young et son Crazy Horse, mardi en fin de soirée.

Pour dire combien c’est chaud, tout le gratin pop flamand est là, The Bony King Of Nowhere, Hooverphonic, Novastar, The Scabs… C’est surtout la seule soirée complète du festival, bien avant la date. Et au vu des T-shirts dans le public, on n’est pas venu pour Bony King ni pour Lonely The Brave, peut-être un peu pour l’Anversois Admiral Freebee qui se prend pour Van Morrison ces derniers temps... Non, on est là pour le vieux Neil, 68 ans dont une quarantaine au sommet du rock.

Ils sont beaux, mes T-shirts

Et du rock avec des idées, ce qui a tendance à se perdre au profit du business (pléonasme). Pour (re)dire comme ça lui va loin, au Neil, des milliers de T-shirts noirs sont distribués à l’entrée, en coton bio bien sûr, sur lesquels il est inscrit soit "EARTH", soit "PROTECT", le tout gratis pro deo !

Mais peut-être le musicien se laisse-t-il trop porter par ses opinions. En tout cas, une grande partie du concert de mardi pâtit d’une succession de chansons "peace and love" ou anticapitalistes : "Standing in the Light of Love", "Days That Used to Be", "Living With War", "Love to Burn", "Name of Love" (Crosby, Stills, Nash & Young). Non qu’il n’ait pas raison : péril en la planète, il y a. On le voit tous les jours, la Terre part en vrille sans qu’on sache qui la pilote vraiment. Mais là, au milieu du concert, ces chansons ne décollent pas.

Pourtant, les choses avaient démarré du feu de Dieu, avec "Down by the River", 23 minutes de duos de guitares hallucinés: à ce rythme-là, on n’est pas rentrés. Sorti en mai 1969 sur le second solo de Neil Young, l’impérissable "Everybody Knows This Is Nowhere" est propice aux débordements de six cordes : Neil Young et Frank "Poncho" Sampedro y croisent férocement leurs Gibson.

Une pilule et ça repart

Mais la tempête n’a pas duré. Après un long passage à vide, il faut attendre "Blowin’ in the Wind" (Bob Dylan) et "Heart of Gold" ("Harvest", 1972) pour revoir la lumière : gratte acoustique et harmonica, Neil nous revient. Une "Psychedelic Pill" pour se remettre en selle, et le Crazy Horse termine sur un train d’enfer. Rageusement dénonciateur, "Cortez The Killer" démarre sur des guitares sombres avant que le tonnerre se déchaîne. Sur la batterie de Ralph Molina, le drapeau à tête de mort flotte vigoureusement...

Puis c’est la foule qui se lâche sur l’hymne "Rockin’ in the Free World", taillé pour les festivals. Trois notes, trois accords sont le départ de riffs en métal injecté sous pression. Tiens, bassiste remplaçant d’un Billy Talbot convalescent, Rick Rosas se réveille ! Un tel final vous réconcilie avec tout un concert. Le Crazy Horse court toujours dans ce monde en perdition, et rien ne semble devoir l’arrêter. Pas plus que les trois notes de "Keep on rockin’ in the free world" dans la tête...