Une "Bohème" poétique mais lacunaire

La production vaut par l’engagement du plateau et le charme du visuel.

Martine D. Mergeay
Une "Bohème" poétique mais lacunaire

On ne peut que louer le courage de monter un opéra en plein air dans un pays comme la Belgique, surtout durant cet été pourri, mais pourquoi choisir un opéra au-dessus de ses moyens ? La "Bohème" (de Puccini), c’est un peu comme "Aïda" (de Verdi) : chambriste la plupart du temps mais puisant sa substance dans quelques grandes scènes de foule. Dans "La Bohème", ce passage décisif est l’acte II, dit "de Momus", du nom d’un café du Quartier latin où les jeunes "bohémiens" vont rejoindre bourgeois, soldats, enfants, étudiants et grisettes pour fêter le réveillon de Noël. Puccini signe ici un moment d’opéra fabuleux, parvenant à mêler tous les protagonistes dans une euphorie grisante (mais gare à la gueule de bois de l’acte III…), sans jamais perdre le fil du drame, ni la lisibilité de la musique.

Qu’en reste-t-il dans la production donnée en ce moment à Bois-Seigneur-Isaac ? Moins de la moitié, la production ne gardant, grosso modo, que les échanges entre les personnages de l’acte I, auxquels viendront se joindre Musetta et son barbon, et quelques clients. Pas de foule, pas d’enfants, pas de mamans, pas de défilé militaire, même Parpignol passe à la trappe et la fin est incompréhensible. Oui, tout a un coût, y compris les figurants, les petits rôles et les chœurs d’enfants…

Mais on pourra déjà se consoler à la vue de la belle façade arrière du château, des trouvailles de la scénographie (Jonathan Degive et Cédric Monnoye) et des costumes très réussis d’Elvis Pompilio - fantaisie débridée pour les uns, grâce raffinée pour d’autres, en particulier Mimi et Musetta, et réalisme finement décalé pour les garçons.

Touches fines

Sans révolutionner le genre, la direction d’acteur d’Albert-André Lheureux procède par touches fines et sensibles, avec de petites pannes - telles les incessantes allées et venues des deux couples à l’acte III - et des moments intenses, en particulier la mort de Mimi, madone et jeune mariée, centre de toutes les attentions et pourtant seule face au grand saut…

La distribution ne manque pas non plus d’atouts, notant que les voix sont les "vraies voix", à peine amplifiées (petits micros d’ambiance) et soutenues de façon quasi organique - jusque dans les passages les plus survoltés - par l’orchestre Nuove Musiche (jouant à l’intérieur du château avec relais acoustique) placé sous la direction de son fondateur, Eric Lederhandler. Frêle, jolie, dotée d’une voix puissante et ductile (mais tendue dans l’aigu) la soprano française Eve Coquart (qui remplace Hanne Roos) est une Mimi crédible à souhait, tout comme l’est sa compatriote Irène Candelier dans le rôle de Musetta, provocante, drôle, et vocalement assurée.

Timidité et vaillance mêlées, le ténor Mickael Spadaccini campe un Rodolfo attachant, tandis que le charismatique Laurent Kubla (dont le père, Serge, était mercredi dans les gradins…) opte pour un Marcello ombrageux, voire distant. Avec encore Thomas Huertas (Schaunard prometteur), Florent Huchet (Colline) et Jean-Marie Lenaerts (Benoît et Alcindoro).

Ophain, château de Bois-Seigneur-Isaac, jusqu’au 30 août, à 21h. Deinze, château d’Ooidonk, les 5 et 6 septembre à 21h. Infos : 02.376.76.76 ou www.070.be