Impeccable Eicher à la fête des solidarités

A la citadelle de Namur, le chanteur suisse a aussi enjoint son public à dire non. De circonstance.

Marie-Anne Georges
Impeccable Eicher à la fête des solidarités
©Stephanie Lecocq

Samedi soir, au théâtre de Verdure, Stephan Eicher a très bien résumé l'ambiance de la Fête des Solidarités qui se tenait à la citadelle de Namur. S'adressant au public, après avoir livré trois morceaux de son dernier album, « L'envolée », qui date déjà de 2012, le chanteur suisse de 54 ans a souligné le courage des spectateurs, venus en nombre avec « pull, parka et parapluie ». On doit avouer qu'on s'est senti conforté dans nos obsessions. A l'une ou l'autre exception près, on peut affirmer que le cru 2014 des festivals belges a quelque peu été pourri.

A la Fête des Solidarités, il n'est pas question que de musique. Organisée par Solidaris (mutualités socialistes), la manifestation accueille diverses associations qui proposent des débats, des rencontres, des échanges et plus si affinités, sous tentes. Tout au long de la journée de samedi, ces lieux couverts auront sans doute hébergé nombre de réfugiés météorologiques. Depuis l'une d'elles, d'ailleurs, on pouvait assister à la retransmission sur écran géant des concerts – il y en avait une dizaine samedi.

Vers 19h30, alors que Les Ogres de Barback, flanqués de la fanfare béninoise Eyo'nlé distillaient leurs notes festives au théâtre de Verdure, la pluie s'est invitée en force. Comme le constatait naïvement un enfant : « Pourquoi, elle ne tombe pas dans les pays qui en ont besoin? ». On se le demande! Toujours est-il qu'elle n'a pas réussi à gâcher le concert anniversaire auquel les Barback conviaient leur public – ce dernier ne manquant pas d’entonner un « joyeux anniversaire » de circonstance d'ailleurs. Cool. Qu'il pleuve, qu'il vente, on irait même jusqu'à dire qu'il neige, le quatuor familial assure. Cela fait vingt ans que cela dure. Quand Fred, le chanteur, présentera « Dos miné », comme « une chanson pour toutes les minorités quand il ne reste plus que cela », issue de leur dernier opus, « Vous m'emmerdez! » (LLB 30/8), on aura compris de quel tonneau sont issus leurs morceaux. La fine équipe a terminé sa prestation en descendant, percus et cuivres en main, dans le public.

Stephan Eicher a clos son concert de façon assez semblable. Et peut-être que s’il avait fait meilleur, il se serait également mêlé à la foule. Avec ses épatants musiciens multi-instrumentistes, il a quitté la scène en continuant de jouer, se dirigeant vers un combi qui les attendait « backstage » dans lequel ils se sont engouffrés et duquel s'échappaient des notes de guitare, violon, trompette et trombone. Auparavant, il aura livré un set impeccable. L'homme reprendra, bien sûr, les tubes qui ont fait sa gloire, comme « Déjeuner en paix », mais dans des versions habilement réarrangées. Comme « Pas d'ami comme toi », aussi, où il invite le public à affirmer avec force un « non non non ». Insatisfait de l'intensité du choeur, il commentera alors : « C'est facile à votre âge, c'est facile vu la situation politique, vu la situation mondiale de crier « non non non », bien fort. Si personne ne vous écoute, faites-le pour moi ce soir ». Finalement, on aura entendu pas mal de « messages » à consonance politique lors de cette fête.

Plus tôt dans la soirée, sur l’Esplanade, cette fois, Youssoupha, qui remplaçait au pied levé Mos Def, souffrant, a lancé “Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position? » On s’en tiendra à cette déclaration car le reste de la performance du rappeur français d’origine congolaise était pour le moins dispensable.