Arca et Jesse Kanda, dérangeants aventuriers de l’audio et du visuel

Le producteur de Kanye West, FKA Twigs et maintenant Bjork investissait la Rotonde pour une session audiovisuelle expérimentale, ce vendredi.

Arca et Jesse Kanda, dérangeants aventuriers de l’audio et du visuel
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Félix Dumont

Le producteur de Kanye West, FKA Twigs et maintenant Bjork investissait la Rotonde pour une session audiovisuelle expérimentale, ce vendredi.

Le froid et l’obscurité sont avec nous, ce vendredi soir de fin novembre. La chaleur d’un "été indien", comme disent ceux qui aiment à nous rappeler qu’il n’y a plus de saison, nous a bel et bien quittés pour nous abandonner aux mois glaciaux de l’hiver, faits de givre et de soleil tardif. C’est tant mieux, la météo épouse à merveille la venue au Botanique de l’univers de l’un des producteurs les plus en vogue du moment: Arca.

A 24 bougies, ce vénézuélien d’origine a su, en l’espace de quelques poignées de mois, s’immiscer dans la production d’artistes aussi connus que réputés, et s’offrir un nom au panthéon de la hype 2014. L’homme a ainsi collaboré sur Yeezus, dernier album de Kanye West en date et, merci Mr Arca, son plus expérimental à ce jour; et l’EP2 & LP1 de la désormais célèbre FKA Twigs, madame Pattinson aux yeux des fans de Twilight mais nouvelle reine du r’n’b aux yeux de tous les autres. Et pour 2015, Alejandro Ghersi n’a rien à craindre: son travail sur le dernier album de Bjork devrait lui permettre de rester sous les lumières de l’industrie du disque.

Merci de déranger

C’est dans une Rotonde -tardivement- sold out que le producteur établit son campement sonore pour la nuit. En guise de tente, une toile blanche occupe les 3/4 de la scène, le dernier quart restant étant dédié aux nombreux appareils utilisés par le Vénézuélien pour faire naitre sa musique. Une toile blanche, car Arca n’est pas venu seul: Jesse Kanda, autre figure montante mais dans le visuel cette fois-ci (l’image de FKA Twigs, c’est lui), s’occupe depuis toujours « et pour toujours », comme il nous le confiera à la fin du show, de faire coller l’image à la musique qu’Arca crée. Son visuel épouse parfaitement les sonorités Arciennes: perturbant, hypersexué et électronique.

Durant plus d’une heure, les deux compères plongent les spectateurs dans l’univers de Xen, premier album d’Arca, du nom de l’alter ego du Vénézuélien. Cela donne des sonorités étranges, aux relents trap et électro, avec une performance live qui fait plaisir à entendre et à voir. Car c’est bien d’une performance audiovisuelle qu’il s’agit, une exploration sur la plastique et le son que l’on pouvait déjà effleurer avec l’album studio mais qui prend une dimension tout autre en live, bien plus vivante, bien plus puissante. Le duo joue avec nos peurs et certitudes, fussent-elles auditives, visuelles, sexuelles ou sociétales.

En plein air du post-internet, les visuels de Jesse Kanda interrogent sur la question de l’avatar, la sexualité en 2014 et soulève, par son ambiance malsaine, la question de l’apparence. Il en va de même pour la musique et la performance d’Arca, aux apparats hautement androgynes, qui chante, rappe, voire strippe sur une musique tantôt douce, tantôt violente et colérique. Le duo Arca/Kanda fonctionne à merveille, la symbiose audiovisuelle est parfaite. Et si elle dérange, c’est précisément son but: Arca fonctionne car il questionne, peut être malgré lui mais il le fait. Quand on écoute Arca et qu’on regarde Kanda, on pense à Gaspar Noé pour la volonté d’exposer la différence et la violence du regard d’autrui, le voyeurisme et la provocation du réalisateur argentin en moins. Hautement appréciable.


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