Murat mais pas au-delà

Samedi soir au Botanique, le chanteur auvergnat, porté par un « Babel » d'une riche et subtile tapisserie sonore, aurait pu s'aventurer quelque peu hors de sa zone de confort.

Murat mais pas au-delà
©Julien Mignot
Marie-Anne Georges

Avec « Babel », son 15e album studio sorti en octobre 2014, Jean-Louis Murat est encore arrivé à étonner. « Babel », ce n'est rien moins qu'un double CD (20 chansons) où le chanteur et musicien français a convié le Delano Orchestra - des musiciens folk rock originaires d'Auvergne comme lui - à rehausser de cordes (violoncelle et banjo), cuivres (trompette) et vents (flûte) sa propre rythmique (guitare, basse, batterie).

Samedi, au Botanique de Bruxelles, dans une Orangerie affichant sold-out, le public sait que le Delano Orchestra ne sera pas de la fête. Difficile, pour des raisons budgétaires, de trimballer toute une clique de musiciens.

Murat débarque donc flanqué de trois acolytes. Deux nouvelles recrues – le solide Chris à la basse et le jeune Gaël aux claviers. Rescapé des mutations, le fidèle Stéphane Reynaud est à la batterie. Durant deux généreuses heures de concert, Murat ne puisera que dans son double dernier opus. Il y a de la matière, certes !, mais retravaillés sans cordes, cuivres et vents, les morceaux ne possèdent pas la même envergure. Sur « Babel », Murat célèbre sa région et ses habitants. Le titre de l'album renvoie d'ailleurs davantage à Saint-Babel, dans le Puy-de-Dôme, qu'au récit biblique. Mais les lieux peuvent n'être aussi que prétextes à sonder les profondeurs de l'âme. Ainsi de « Neige et pluie au Sancy », « Col de Diane », « Noyade au Chambon », développés en milieu de set. On aime la magnificence de la plume de Murat. Et la sensualité de sa voix est idoine pour ce genre de récit.

Quand le chanteur dont on sait les humeurs versatiles décide de s'arrêter quelque peu pour parler au public, cela donne : « La Belgique, c'est la meilleure partie de la France, après l'Auvergne bien sûr. Appelez-moi le fils de Vercingétorix ». Il arrive aussi que ce soit de la salle que provienne l'une ou l'autre diatribe. Ce soir-là ce fut un provocateur « C'est quoi, ce blues de merde! ». Murat fut-il piqué au vif? Toujours est-il que le morceau qui s'ensuivit, « Vallée des merveilles », se révéla de la plus belle consistance.

Même bruts de décoffrage, certains titres savent vivre de façon autonome. « Frelons d'Asie » et sa batterie tout en souplesse, « J'ai fréquenté la beauté » et son orgue vintage (une constance, car présent sur pas mal d'autres chansons).

Cela n'empêche, porté par un « Babel » d'une riche et subtile tapisserie sonore, l'homme aurait pu s'aventurer quelque peu hors de sa zone de confort.