Jain, musicienne du monde

Aux Pays-Bas, la jeune Française poursuit avec succès son opération séduction.

Jain, musicienne du monde
Nicolas Capart

Du haut de ses 23 ans et de son mètre soixante, elle semble un peu perdue dans les coulisses de l’Eurosonic. Pourtant, si la brunette ne paie pas de mine, elle a une longueur d’avance sur ses collègues présents à Groningue. Il reste du travail à Jain pour conquérir l’Europe, mais les choses se précisent en France.

Son premier album, "Zanaka" ("enfant" en malgache, clin d’œil aux origines de sa mère), s’est écoulé à 43 000 exemplaires en deux mois, son tube "Come" truste la bande FM et elle est nominée pour les Victoires. Vous n’avez donc pas fini d’en entendre parler.

Une enfance peuplée de voyages

Née à Toulouse, la petite fille ne va pas y rester longtemps. "Mon père travaillait pour une compagnie pétrolière. Pour le suivre, nous avons beaucoup voyagé avec ma mère et mes sœurs."

Après avoir étudié la batterie du côté de Pau, elle s’envole pour Dubaï où elle vivra trois ans avec sa famille. Puis, direction Pointe-Noire et le Congo-Brazzaville de 13 à 17 ans. Elle y apprend la programmation musicale aux bons soins d’un certain Monsieur Flash, beatmaker dont elle squatte souvent le minuscule home studio au fond du jardin. C’est à cette époque que Jeanne devient Jain et écrit le titre "Come".

"Il était de mauvaise qualité, je l’avais enregistré avec mon petit micro d’ordinateur. Mais la mélodie était là… Le manager que j’ai rencontré sur Myspace a pu faire écouter la maquette à Maxim Nucci (alias Yodelice, NdlR) et ça lui a plu. On s’est rencontré dans son studio à Paris. Mais j’avais 16 ans, et je ne me sentais pas prête. Donc j’ai mis cela entre parenthèses."

Sept ans de réflexion

Après une année à Abu Dhabi - "où j’ai découvert les sonorités arabes et appris à jouer de la darbouka" -, Jain revient en France, passe son bac entame des études en art à l’atelier de Sèvres. Mais la musique la démange de plus en plus. Sa prépa terminée, elle a 21 ans et décide de retourner voir Nucci. Rapidement les deux se mettent au travail. Sept ans après son écriture, "Come" subit un lifting et le morceau devient un hit. Son clip, très réussi, comptabilise aujourd’hui six millions de vues sur la Toile et lui a valu une surprenante popularité… en Pologne.

Pour décrire sa musique, la globe-trotteuse aime employer l’expression melting-pop. Au fil de "Zanaka", elle tangue vers le folk et la soul ("Come"), souvent vers l’electro ("Heads Up"), parfois vers le reggae ("Lil Mama"). Si elle ambitionne d’inviter des musiciens sur scène, la demoiselle se plaît à fouler seule les planches pour le moment, dans sa très sage petite robe noire à col Claudine.

Armée de ses machines et de sa guitare, elle lance des sons de basse ou de batterie, auxquels elle superpose des loops (= boucles) de voix qu’elle enregistre en live.

A cela viennent s’ajouter des éclats de rumba ou d’autres rythmiques africaines, et un phrasé qui s’égare à l’envi en territoire hip-hop. Une fusion des genres qui explose à l’entame du génial "Makeba", hommage à la musicienne sud-africaine du même nom. Jeudi soir, il aura suffi à faire sauter en cadence une assistance qui, pourtant, faisait à peine sa connaissance.

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