Ce(ux) qu’on retiendra d’Eurosonic 2016

Bilan de la trentième édition du plus grand festival de showcases d’Europe.

Ce(ux) qu’on retiendra d’Eurosonic 2016
Nicolas Capart (À Groningen)

La plus grande bourse aux showcases d’Europe se terminait ce week-end. Et, de mémoire de festivalier eurosonique, on connut mieux que ce cru. Si nous avons découvert l’une ou l’autre pépite à Groningen, le niveau général nous a un tantinet déçus. Pas de quoi échauder le public qui a répondu en masse à l’appel du grand Nord hollandais. Un succès qui a des conséquences. Ainsi, il n’est pas rare de se voir refuser l’entrée d’une salle par trop achalandée.

Un "off" grandissant

Heureusement, ce ne sont pas les lieux de concerts qui manquent dans la cité estudiantine. Leur nombre est impressionnant. Bars, clubs, restaurants, salles de concerts, mais aussi caves, disquaires, arrière-boutiques, garages et d’autres endroits inattendus dressent une scène pour l’événement. Beaucoup sont devenus étapes d’un circuit "off" qui prend chaque année plus de place. Groningen "effervesce" et des centaines de musiciens veulent leur part du rêve européen.

Cette année, l’Eurosonic offrait un éclairage particulier aux groupes et artistes issus de treize pays d’Europe centrale et de l’Est. Une vague qui va déferler, on nous l’assure, mais que nous n’avons pas trouvé bien menaçante. On citera pour la forme les rockeurs hongrois de Middlemist Red, qui nous ont plus mais pas bluffés. On gardera par contre de meilleurs souvenirs des prestations des Italiens Go ! Zilla, dont les rengaines garage-punk galopantes ne manquent que d’un véritable chanteur; du duo allemand Lea Porcelain, qui oscille entre krautrock et new-wave, et devrait ravir les fans de Joy Division; du grand échalas suisse Fai Baba alias Fabian Sigmund et ses refrains psyché-folk électriques.

Côté belge, celui des 26 présents à s’être le mieux illustré se nomme Woodie Smalls. À 19 ans, ce jeune emcee natif de Saint-Nicolas scande un rap aux couleurs old-school et n’a rien à envier à ses collègues américains. Tous les grands festivals de notre plat pays s’étaient en tout cas déplacés pour lui.

Espagnols, Anglais et Français

Le Royaume-Uni, habitué des podiums musicaux, s’est illustré avec deux projets parmi les plus aboutis vus à Groningen. Le premier est celui du rappeur anglais de 22 ans Stormzy, chantre grime détonant promis à un bel avenir. Le second, celui de l’Ecossais "très smart" C Duncan, dont la pop folktronique aérienne évoque les mélodies de Grizzly Bear et trustait nombre de tops de fin d’année 2015.

La délégation hispanique a marqué les esprits cette année. Le triangle Guadalupe Plata et son étonnante basse en forme d’arc à flèche d’abord. Le tandem Cabo San Roque, ses performances visuelles et sa drôle de machine à percussions robotisée ensuite. Mais surtout les joyeux drilles The Parrots et leur garage hédoniste et foutraque, sorte de Black Lips espagnols, qui sont à Madrid ce que leurs collègues Murejes sont à Barcelone.

Dernière nation à se détacher du peloton, l’Hexagone nous a épatés. Le multi-instrumentiste franco-libanais Bachar Mar Khalifé a marqué les esprits de ses mixtures jazz, world et électroniques. Mais c’est surtout la jeune globe-trotteuse Jain et les chevelus parisiens Forever Pavot qui ont brillé. La première mine de ses boucles de voix une pop dansante teintée d’africanisme et s’apprête à rafler une Victoire de la Musique. Les seconds, conduits par une sorte de Sébastien Tellier du rock aux claviers, soufflent des volutes psyché quelque part entre le Velvet, The Make-Up et les B.O. de François de Roubaix. Leurs lives respectifs nous ont plus que régalés.