Concours Reine Elisabeth: Florian Noack, le poète

Sept fortes personnalité se sont succédé mercredi après-midi, parmi lesquels le second belge de la session, Florian Noack (si la Reine était restée à la seconde partie du concert, elle l’aurait entendu…).

Concours Reine Elisabeth: Florian Noack, le poète
©capture d'écran
Martine D. Mergeay

Parmi les « Hammerklavier » musclées, une sonate de Schubert, enfin, qui ouvre au rêve.

Sept fortes personnalité se sont succédé mercredi après-midi, parmi lesquels le second belge de la session, Florian Noack (si la Reine était restée à la seconde partie du concert, elle l’aurait entendu…). Né dans une famille de musiciens et musicien-né, Florian – qui a fêté ses 26 ans en janvier – a commencé l’étude du piano à 4 ans, l’âge du vélo à trois roues ; à 12 ans, il était admis à la Chapelle Musicale, à 18 ans, à la Musikhochschule de Cologne ; à 24 ans, il avait déjà enregistré son 3e CD ; le piano est sa maison, son oxygène, son expression.

Mercredi, on découvrira que sa manière est poétique avant tout. Il est le seul des 21 candidats que nous avons suivis à avoir ouvert sa prestation par sa sonate, et à avoir choisi une sonate de Schubert (D 568). Façon subtile autant que stratégique d’instaurer d’emblée son climat propre, fait ici de fantaisie, de tendresse, de légèreté, porté par un jeu souple et naturel. Avec trop de pédale, hélas, de gauche comme de droite, cette marotte entraînant un défaut de mordant et d’articulation, et, évidemment, un manque de projection. Mais la réserve est mince comparée à l’aisance du jeune musicien et à sa joie évidente de jouer, comme sans effort, toute difficulté abolie. Bach se glisse idéalement dans l’écho de Schubert : le prélude est intime et chantant, la fugue parfaitement conduite, dans des sonorités qui restent douces et peu percussives. L’étude-tableau op. 39/4 de Rachmaninov se fera plus tableau (impressionniste…) qu’étude, évidemment, l’étude op. 10/10 de Chopin laissera penser que c’était exactement comme cela que Chopin l’a voulue - et l’a jouée -, avant que l’Etude d’exécution transcendante n°2 de Liszt loin d’effaroucher le musicien, lui donne l’occasion de se déployer avec panache, dans toutes ses dimensions.

Cette même séance s’était ouverte avec la seule candidate de l’après-midi, la Coréenne Hé Jun Han, bientôt 26 ans (ce samedi), qui se distingua par un jeu rond et sain, avec – chez Bach et Haydn - une tendance à escamoter les notes en fin de trait. Chopin et Debussy impeccables, menés à fond les ballons, et surgissement, avec Scriabine, d’une passion et d’une puissance insoupçonnées et bienvenues.

Comme tous les candidats de cette séance (s’étaient-il donné le mot ?), le Chinois Brian Lin, 24 ans, observera un long recueillement avant d’aborder Bach, sotto voce, poursuivant avec une fugue dynamique et habitée. L’adagio cantabile de l’op.78 de Beethoven, révèle d’appréciables qualités stylistiques, Stravinski, Debussy et Chopin confirmant son aisance technique, son imagination et sa musicalité cultivée.

Changement de climat avec le robuste Brésilien Ronaldo Rolim, 30 ans le 29 mai, sorte d’ours débonnaire délicatement penché sur le prélude de Bach et jouant la fugue avec un tel respect qu'on en perd le fil. Sonate « Hammerklavier » de Beethoven rondement menée, malgré un départ un peu chaotique (ce ne sera pas le seul), Rachmaninov surpuissant et spectaculaire.

Le Coréen Hans H. Suh, 26 ans le 22 mai, emporte Bach dans une folle énergie, grâce à un jeu percussif, rond et lumineux, fugue au grand orgue ! La Sonate « Hammerklavier » (one more again), prise dans un excellent tempo, atteste le sens du drame, de l'orchestration, du silence. Études : Chopin, fluide et brillant, Rachmaninov hyper puissant (alors que le jeune homme est un petit format) lançant des volée de cloches célestes ! Magnifique.

Retour à des sonorités plus humaines avec le Coréen Myunghyun Kim, 26 ans, qui, dans Bach, alterne la cantilène rêveuse et la fugue implacable. Beethoven totalement maîtrisé, contrasté, coloré, lumineux, Rachmaninov impressionnant par son incroyable précision, et le foisonnement des intentions, Liszt accusant quelques signes de fatigue mais sans altérer le plaisir musical partagé.

La séance prendra fin avec une personnalité puissante et déconcertante : le Chinois Jiayan Sun, 26 ans, est du genre petit garçon bien sage dans son costume du dimanche, mais qui se révèle d'une totale autorité des qu'il se met à jouer. Bach, Beethoven (" Hammerklavier"…) ou Bartók sont le fait d’un musicien accompli, étonnamment libre, qui instaure des ambiances bien à lui et qui a tous les moyens de les faire passer.


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