Concours Reine Elisabeth : Yannick Van de Velde a-t-il tout dit ?

Affluence mardi après-midi. Quelques fortes personnalités se dégagent.

Martine D. Mergeay
Concours Reine Elisabeth : Yannick Van de Velde a-t-il tout dit ?

Sept candidats se sont présentés en cette séance de mardi après-midi, parmi lesquels le premier des deux candidats belges, Yannick Van de Velde, 26 ans, formé chez Jan Michiels et Jean-Claude Vanden Eynden (présent dans la salle) et actuellement en perfectionnement à Cologne (notons que Yannick fut demi-finaliste du Concours en 2013).

En programmant le premier mouvement - immense et athlétique - de la sonate "Hammerklavier" de Beethoven, il savait que le nombre d’autres morceaux (les études) serait limité, il dut en effet "tout dire" avec le Prélude et Fugue (BWV 862) de Bach, la Grande Etude Paganini de Liszt et Beethoven. Son approche de Bach nous a semblé austère : très peu de pédale, des sonorités objectives mettant en relief l’organisation du discours et le contrepoint, mais sans compter sur l’atout couleur ni sur le pouvoir mélodique du prélude.

La spectaculaire étude de Liszt soulignera que le musicien se sent surtout à l’aise dans la grande forme et dans le piano "symphonique" : certains passages sont à couper le souffle de puissance et d’élan - tout en étant fignolés dans les détails - et, au fur et à mesure que les redoutables variations avanceront, le jeune Belge gagnera en liberté, dans tous les domaines, jusqu’à conférer à l’étude sa part de monstrueuse fascination…

Dans Beethoven, enfin, donné dans un climat évidemment affirmatif, on notera un déroulement très élaboré, avec ses outrances, ses apaisements et ses sursauts. Les réserves porteront sur des sonorités parfois saturées dans l’aigu et un manque - délibéré ? - d’abandon et de tendresse… Même à Beethoven, et même dans l’opus 106, il arrive de sourire.

Avant Yannick Van de Velde, on avait entendu Atsushi Imada, Japonais de 25 ans, poids coq, qui évoqua le "Bach éternel" (déjà en route avant que la musique ne se fasse entendre)… Egalité du son, sens du discours, et du contrepoint, détermination jubilatoire, on retrouvera ces qualités tout au long de sa prestation, inscrites dans un jeu extrêmement plastique, libre et éloquent.

Alexander Beyer, une belle surprise

Et après Yannick, on entendit l’Allemande Annika Treutler, 26 ans, jouant à peu près tout - Bach, Beethoven, Chopin, Debussy - comme si c’était Schumann, dans un jeu fluide et bondissant, des plans sonores très clairs et de jolies variations de climat.

La Russe Natalia Solovskaya, 26 ans, observera un long silence (assorti d’ajustements divers, dont la hauteur du tabouret) avant chaque morceau mais ce sera pour dégager à chaque fois un climat très précis, et convaincant. Quelques bizarreries stylistiques mais une technique d’enfer, de quoi distinguer un tempérament original, de la fantaisie et de l’énergie.

Profil très différent chez la Coréenne EunAe Lee, 28 ans, qui donne Bach dans la simplicité et l’évidence (ici la bizarrerie concerne la position des mains et le tabouret, descendu très bas…) et offrira à Beethoven, Debussy et Chopin, un caractère fluide, bondissant, naturel.

La meilleure surprise de l’après-midi (mais nous n’avons pas entendu Francois-Xavier Poizat) fut la prestation de l’Américain Alexander Beyer, 21 ans (il remonte le tabouret) qui dotera son récital, comprenant le 2e "Hammerklavier" du jour, d’un climat idéal d’urgence, de nouveauté, de découverte, d’éblouissement. Les sonorités sont magnifiques, la dynamique très étendue et les moyens techniques suivent. On espère le revoir.

Première épreuve, jusqu’au 7 mai, à Flagey, à 15 heures et à 20 heures. Infos et vidéos : www.cmireb.be ou www.musiq3.be ou www.lalibre.be

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