Concours Reine Elisabeth: les candidats vus du ciel

Formidables prestations de Joonji Kim et San Jittakarn. Création de l’imposé de demi-finale.

Concours Reine Elisabeth: les candidats vus du ciel
©BELGA
Nicolas Blanmont

Formidables prestations de Joonji Kim et San Jittakarn. Création de l’imposé de demi-finale.

Nouveauté cette année à Flagey : de part et d’autre de la scène, deux écrans grand format diffusent les images d’une caméra placée dans les cintres à l’aplomb du clavier. Une image neutre, au cadrage immuable, mais qui en dit beaucoup sur le langage corporel de chaque candidat, et aussi sur son toucher.

Celui de Joonji Kim, 27 ans, est tour à tour puissant et cristallin. Dès les premières mesures du concerto en ut majeur de Mozart, la Coréenne capte l’attention par une sonorité personnelle et affirmée : elle ornemente joliment, exacerbe les contrastes et use opportunément du rubato. Rien de mièvre ni de stéréotypé, ni dans la belle cadence maison, ni même dans le célébrissime andante, conté avec raffinement et poésie. Une interprétation idéale, conclue par un allegro assai vivace brillant, rehaussé de quelques touches d’humour.

On redescend sur terre avec le K.537 de Nadezda Pisareva, 29 ans. Le jeu de la Russe est certes décidé, mais son Mozart restera monochrome d’un bout à l’autre Les tempi sont rapides (trop dans l’allegretto final), avec à la clé quelques imprécisions techniques et un sentiment de confusion, et le larghetto est traversé assez platement.

Il revient à Chi-Ho Han, 24 ans, de créer « Tears of Lights », l’œuvre imposée signée Fabian Fiorini. Le Coréen joue de mémoire une partition que l’on découvre d’abord virtuose et percussive, explorant tous les secteurs et toutes les dynamiques du clavier, mais laissant çà et là place à des épisodes plus introspectifs. Hormis l’apparence d’improvisation que l’on peut déceler dans certains passages, le jazz – milieu où évolue le jeune compositeur liégeois – est étonnamment peu présent.

Son nocturne n°17 en si majeur de Chopin est tout en raffinement et jaillissement de couleurs, mais on peut préférer des lectures plus charnues. Le Coréen est un coloriste accompli, comme en attesteront encore ses « Kreisleriana » de Schumann : une lecture fluide, sans excès mais parfois un peu lisse, sauf dans les passages virtuoses qui, du coup, n’échappent pas à quelques accrocs.

C’est avec la partition sous les yeux que San Jittakarn, 22 ans, aborde, lui, « Tears of Lights ». Il en souligne la dimension introspective, allonge les silences, et donne déjà le sentiment d’en révéler d’autres facettes. Le Thaïlandais est un poète inspiré, un visionnaire, et son interprétation des huit « Fantasiestücke » op. 12 de Schumann est une merveille de caractérisation, d’intelligence et d’expressivité, où il donne sans cesse le sentiment de chercher le sens des notes. Impression confirmée au final avec une version brillante et intense de la Toccata op. 11 de Prokofiev. Vues du ciel, ses mains sur le clavier sont plus impressionnantes encore.


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