Concours Reine Elisabeth: sélection consensuelle?

Vondracek et Shishkin figurent comme prévu dans le carré final.

Nicolas Blanmont
Concours Reine Elisabeth: sélection consensuelle?
©Belga

Evidemment, on en trouvera toujours, surtout sur les réseaux sociaux, pour contester tel ou tel point du palmarès. On peut, avec eux, regretter l’élimination de l’un ou l’autre - comme par exemple le Chinois Ruoyu Huang, l’Ukrainienne Dinara Klinton ou le Thaïlandais San Jittakarn - qui semblaient plus inventifs que certains de ceux qui ont été retenus. Il en est d’autres qu’on aurait aimé retrouver en finale, mais qui ont été inégaux et dont la non-sélection s’explique mieux : ainsi de l’Ukrainien Denis Zhdanov, auteur d’un formidable Mozart mais moins convaincant dans son récital.

Restent douze pianistes de haut niveau qui, dès lundi prochain, s’affronteront dans la grande salle Henry Le Bœuf du palais des Beaux-Arts de Bruxelles et devant les caméras et micros des chaînes publiques. Ils sont trois Américains et autant de Coréens, deux Japonais, un Russe, un Tchèque, un Croate et un Italien. L’Europe centrale vient donc prendre le relais d’une Europe occidentale un peu aux abonnés absents cette année, le légendaire affrontement URSS/USA se reprofile et l’Asie place ses candidats en nombre (50 % des finalistes, si l’on se souvient que Larry Weng est d’origine chinoise).

Pronostics

Parmi ceux qui ont fait forte impression tant au premier qu’au deuxième tour, les bookmakers pointeront sans nul doute Lukas Vondracek et Dmitry Shishkin. Les deux sont des personnalités affirmées, et le premier a l’avantage d’une maturité évidente et d’une expérience liée à son âge - 29 ans. Mais, justement, en cas de proximité des prestations, l’avantage pourrait aller à un candidat plus jeune, comme Shishkin qui en a cinq de moins : les jurés ont souvent des âmes de découvreurs. Et cet effet de prime à la jeunesse pourrait aussi profiter à des outsiders de haut vol comme l’Italien Alberto Ferro ou l’Américain Alexander Beyer.

Et si les candidates féminines sont en minorité (deux sur dix, mais elles n’étaient déjà qu’un tiers au départ) et que leur cause ne sera pas nécessairement déterminante pour un jury majoritairement masculin lui aussi (10 hommes pour 4 femmes), elles sont loin d’être quantité négligeable : originales mais sans excès, virtuoses accomplies, intelligentes jusque dans le choix de concertos de finale (Liszt 1 et Rachmaninov 2) plus courts que les autres, tant Yoonji Kim que Kana Okada pourraient avoir leurs chances de monter sur le podium, surtout si l’effet de neutralisation des fortes personnalités fonctionne comme il l’avait fait lors des dernières éditions du Concours. A l’inverse, si l’alchimie du jury ne tue pas l’originalité, on aurait tort de négliger Aljosa Jurinic, formidable pianiste mais aussi poète fantasque.

Mais tous ces pronostics seront forcément remis en cause dès lundi prochain : pour chaque tour, les compteurs sont remis à zéro.