Ciné-concert aux Nuits Bota: "J’ai été ému par mon propre film" raconte Bouli Lanners

Les Nuits Bota ont connu une soirée musicalo-cinématographique de toute beauté, mardi. Le Cirque Royal était transformé en salle obscure, le temps d’un ciné-concert autour du film "Les Premiers, les derniers" du réalisateur belge Bouli Lanners, qui s’avéra enchanteur.

Sophie Lebrun
Turquie
©JC Guillaume

Les Nuits Bota ont connu une soirée musicalo-cinématographique de toute beauté, mardi. Le Cirque Royal était transformé en salle obscure, le temps d’un ciné-concert autour du film "Les Premiers, les derniers" du réalisateur belge Bouli Lanners, qui s’avéra enchanteur. 

A cette occasion, le compositeur français Pascal Humbert, auteur de la B.O. originelle du film, avait carte blanche pour réécrire et interpréter cette dernière à sa guise. Lui-même était à la guitare électrique et avait convié trois autres musiciens : Jérémie Garat (violoncelle), Catherine Graindorge (violon) et Koen Gisen (clarinette basse); ainsi que le chanteur Bertrand Cantat, qui compléta l’ensemble sur le morceau «Maybe», interprété en fin de spectacle. Les musiciens jouaient dans une semi-pénombre, à côté de l’écran, sans gêner la vision du film. La magie tenait à la justesse et à la subtilité avec lesquelles la musique portait les émotions et les personnages ô combien attachants de ce western contemporain profondément humaniste. Avec lesquelles aussi, parfois d’une simple note grave clarinette-violoncelle, elle faisait vibrer ses paysages mêlant vestiges industriels et plaines immenses.

Rencontré juste après cette prestation, Bouli Lanners était visiblement sous le charme, et ému.

Votre impression, à chaud ?

Bouli Lanners : Pour moi la surprise est totale, je n’avais (volontairement) vu aucune répétition. J’avais dit à Pascal : prends le film, approprie-le-toi et fais ce que tu veux. J’avais un peu peur quand même parce que c’est mon bébé, et tout à coup on allait me le transformer. Et en fait c’était juste magnifique.

Expliquez-nous en quoi la B.O. jouée ce mardi était différente de l’originale.

Des musiques qui étaient dans le film n’y sont plus, d’autres apparaissent là où il n’y en avait pas, des compositions ont été réarrangées... Il y avait davantage de guitares dans mon film, et ici il y a, en plus, une clarinette basse - qui fonctionne très bien avec le violoncelle. La musique est plus grave ici ; du coup le film aussi. Mais paradoxalement, les gens rient à d’autres moments. Notamment la scène de l’enterrement où, ici, les gens riaient. Donc cela amène les émotions d’une manière différente, même si le film raconte la même chose et que, globalement, le même sentiment ressort du film (cet amour, cet humanisme dans quelque chose de très sombre). Moi aussi, j’ai des surprises et, tout à coup, j’ai été ému par mon propre film, ce qui ne m’arrive jamais (parce que je le vois souvent, pour des avant-premières notamment).

La musique est beaucoup plus présente, et le mix n’est pas le même.

Aviez-vous déjà assisté à des ciné-concerts ?

Oui, des films anciens, et en général c’est très simple : une partition, un pianiste. J’ai vu des films muets de Joseph Flaherty notamment, des documentaires des années 20, qui étaient déjà accompagnés à l’époque d’un pianiste.

Mais jamais je n’avais vécu une expérience comme celle-ci, où un film, avec ses dialogues, est mixé avec la musique « live ».

Vous n’aviez pas d’appréhension, quand le Botanique a proposé ce projet ?

Non. J’avais tellement eu du plaisir à travailler avec Pascal (Humbert), avec Bertrand (Cantat) ; et je ne savais pas qu’en plus, Pascal connaissait Koen et An, avec qui j’avais travaillé pour la musique d’«Eldorado» (NDLR : Koen Gisen, musicien et producteur belge, et sa compagne An Pierlé, chanteuse et musicienne)... Je me suis dit : c’est super. Concernant mon film, moi j’ai tourné la page; c’est donc très plaisant de savoir que des gens continuent à travailler dessus sans que je doive interférer.

Ce ciné-concert en amènera-t-il d’autres ?

J’aimerais bien, je trouve que le spectacle très beau, et c’est différent. C’est bien si le film peut exister par ce biais-là aussi, d’autant que la durée de vie d’un film en salle devient de plus en plus courte. Et le côté «live» amène quelque chose de très particulier au niveau de l’émotion : les gens sont dans un truc entre le concert et le film et cela fonctionne très bien.

Pourquoi aviez-vous choisi Pascal Humbert, à la base, pour la B.O. de votre film ?

J’écoute des musiques de films pendant l’écriture du scénario, je me fais une petite bande-son potentielle. Et dans les morceaux, il y en avait au moins cinq qui étaient composés par des groupes dans lesquels Pascal avait évolué. Donc je me suis dit : c’est Pascal qui sera le dénominateur commun de toutes les musiques. Et quand on l’a contacté, il était au sein du groupe Détroit dans lequel il y a aussi Bertrand. C’est comme ça que les rencontres se sont faites.