Radiohead au sommet de son art

A Amsterdam, les deux premières dates de leur nouvelle tournée montrent à quel point le groupe maîtrise sa musique et s’avère essentiel dans le paysage musical.

Charles Van Dievort
Radiohead au sommet de son art
©AFP

A Amsterdam, les deux premières dates de leur nouvelle tournée montrent à quel point le groupe maîtrise sa musique et s’avère essentiel dans le paysage musical.

Autant l’écrire tout de suite, près de quatre ans après son dernier concert, Radiohead n’a rien perdu de sa superbe sur scène. La prestation que Thom Yorke et les siens ont donnée samedi pour leur deuxième soir à Amsterdam, est à ranger dans les moments d’exception proposés par le groupe. Loin de servir sa soupe vite fait bien fait, Radiohead a proposé un concert parfait, composé de nouvelles versions des titres de "A Moon Shaped Pool", leur dernier album sorti voici deux semaines, et d’une plongée très pertinente dans la plupart de ses prédécesseurs.



En puissance

Dès les premières mesures, le ton est donné, ce sera chaud ce soir. Servi par l’excellente acoustique du Heineken Music Hall, le groupe entame la soirée par une version réarrangée pour guitares et basse de "Burn the Witch", le morceau qui ouvre "A Moon Shaped Pool". Privé de ses parties orchestrales, le titre gagne en puissance avec Jonny Greenwood torturant sa guitare à grands coups d’archet. La basse de Colin Greenwood et la batterie de Phil Selway, épaulé par Clive Deamer de Portishead, assurent la rythmique, tantôt digne d’un rouleau compresseur, tantôt aérienne et sophistiquée, mais jamais pompeuse.


Dantesque

Il n’en faut pas plus pour imposer le respect. Dès le deuxième titre de la soirée, "Daydreaming", Radiohead parvient à obtenir le silence dans la salle lorsque résonnent les premières notes de l’introduction interprétées au piano. Suivront trois autres extraits de leur nouvel album : "Decks Dark" et ses joyeuses parties de clavier, "Desert Island Disk" et le très énergique "Ful Stop", avant une plongée jouissive dans la vaste collection de titres façonnés par le groupe depuis ses débuts. Thom Yorke et sa bande enchaînent "Lucky", "There There" et "Lotus Flower". C’est un des tout grands moments de ce concert. Comme le sera aussi l’interprétation du bijou qu’est "Talk Show host" et son final dantesque, ou encore la succession des trois titres issus de "A Moon Shaped Pool que sont "Identikit", "The Numbers" et "Present Tense". Et que dire de cette perle qu’est "Karma Police" repris en chœur par toute la salle et qui n’a pas pris une ride depuis "OK Computer".


Thom Yorke assure

Bondissant d’un bout à l’autre de la soirée, Thom Yorke affiche aussi la forme des grands soirs. Il ne tient pas en place, sautillant comme un boxeur impatient d’en découdre. Il a également laissé de côté ce chant trop geignant auquel il nous avait malheureusement habitué ces derniers temps. Sa voix bien en place fait merveille sur "Nude", "Give Up the Ghost" et "Street Spirit (Fade Out)".

Zéro blabla ou presque lors de cette seconde soirée amstellodamoise, mais un groupe manifestement heureux d’être à nouveau réuni sur scène et de proposer sa nouvelle lecture de son répertoire. S’il fallait formuler un regret, ce serait l’absence de "True Love Waits" qui n’a pas été interprété lors des deux premiers concerts de la tournée. Le titre qui clôture le dernier album avait pourtant le don de faire mouche à tous les coups par le passé. Mais rien ne dit qu’il ne s’invitera pas à Paris ou à Londres, les prochaines destinations de Radiohead. En effet, le groupe a décidé que les soirées se suivraient sans se ressembler puisqu’entre les concerts de vendredi et de samedi, à Amsterdam, près de la moitié des titres joués étaient différents.



Des habits de lumière

Au terme de cette deuxième date de la tournée, un constat s’impose : Radiohead est au sommet de son art. Le groupe maîtrise sa musique comme jamais, alternant les temps forts et les moments plus introspectifs sans jamais se perdre. Il ne passe pas les plats à la va-vite, il peaufine les ambiances et donne à sa musique toujours sophistiquée des habits de lumières parfois insoupçonnés, aidé en cela par un décor sobre mais terriblement efficace. Les éclairages aux très belles couleurs sont épaulés par six écrans géants placés au-dessus du groupe et diffusant des gros plans pris sur le vif de chacun de membres. Eblouissant.



La setlist du concert du 21 mai


1. Burn the Witch

2. Daydreaming

3. Decks Dark

4. Desert Island Disk

5. Ful Stop

6. Lucky (tour debut)

7. There There

8. Lotus Flower

9. All I Need (tour debut)

10. Talk Show Host (tour debut)

11. Identikit

12. The Numbers

13. Present Tense

14. Separator (tour debut)

15. Nude (tour debut)

16. The National Anthem (with 'Hunting Bears' outro; tour debut)

17. Everything in Its Right Place

Rappel 1:

18. Give Up the Ghost (followed by 'Creep' tease; tour debut)

19. How to Disappear Completely (tour debut)

20. Karma Police (tour debut)

21. Bloom

22. Street Spirit (Fade Out) (tour debut)

Rappel 2:

23. Bodysnatchers

24. Idioteque