Concours Reine Elisabeth: Maciej Kulakowski, un cadet qui en impose

Imaginatif et libre, le jeune Polonais multiplie les propositions.

Martine D. Mergeay

Troisième jour de finale, rehaussée par la présence de la reine Mathilde. C'est le Polonais Maciej Kulakowski, 21 ans, qui ouvre la soirée. C'est aussi le cadet des douze, et, depuis le premier tour, il se distingue par une personnalité imaginative et audacieuse, et une évidente familiarité avec la musique de son temps. 

Dans le chemin touffu que représente "Sublimation" de Toshio Hosokawa, sa progression est franche et déterminée, mais, au départ, peu connectée au foisonnant environnement sonore de l'orchestre. C'est plutôt par le mouvement, la dynamique et le jeu des tensions qu'il établira le lien, suscitant progressivement une véritable efflorescence de couleurs et de timbres jusqu'à une fusion et bientôt un silence d'une ampleur qu'il ne nous semble pas avoir rencontrée jusqu'ici... 

Le Concerto n°1 de Chostakovitch devrait lui aller comme un gant, et, de fait, il y manifeste des qualités essentielles : outre cette liberté - on peut aussi appeler cela autorité - qui le caractérise, il y introduit d'emblée la dimension parodique, burlesque, et menaçante qui habite l'allegro initial, n'hésitant pas à adopter des sonorités grinçantes, ni à pousser les solistes de l'orchestre dans leurs derniers retranchements pourvu que cette drôle de marche avance, inexorablement. 

L'adagio le révèle évidemment sur un tout autre versant, notant que les sonorités de son Charles Gaillard (1867) n'ont pas la suavité d'un instrument italien. Mais quelle conduite, quel chant, quel pouvoir expressif ! Avec, comme bénéfice non négligeable, le pouvoir d'inspirer l'orchestre, d'imposer ses intentions, ses suspensions, ses silences et les phrasés qui seront repris par les solistes, et de plonger toute la salle dans une infinie et délectable mélancolie. 

La Cadenza (solitaire) suivie dans un silence sidéral, confirmera la maîtrise technique du musicien, tout en soulignant sa capacité à mettre le son en scène et à inventer son discours, avant que le Finale, en signant le retour des thèmes initiaux rappelle aussi combien, en tout, ce musicien est engagé et visionnaire. Un grand artiste.