Concours Reine Elisabeth: un Dvorak de rêve avec Seugmin Kang

Nicolas Blanmont

Technique, sonorité, phrasés : la première des deux candidates de ces finales est souveraine.

Après avoir entendu le benjamin, le public revient dans la salle Henry Le Bœuf pour découvrir la doyenne, la Coréenne Seungmin Kang, 30 ans et seule native des années 80. Mais avant de laisser place à la sixième exécution de « Sublimation », le président du jury adresse au compositeur les mots de remerciement habituellement réservés au dernier jour : c’est que Toshio Hosokawa, présent depuis lundi, ne restera pas toute la session et repartira dès ce jeudi pour son Japon natal.

Comme presque tous ses collègues, Seugmin Kang joue l’imposé avec la partition sous les yeux. On peut même dire qu’elle ne la quitte pas des yeux, si ce n’est pour surveiller les battues de Stéphane Denève. Concentration extrême et volontarisme sans faille, un mode opiniâtre qui favorise évidemment la qualité technique de l’interprétation mais laisse peu de place à l’expressivité dans une œuvre qui s’y prête déjà mal.

Changement complet d’approche avec le concerto de Dvorak – qualifié de numéro 2 dans le programme, même si le premier, œuvre de jeunesse et à peine achevée, est rarissime et oublié de tous. Dès l’allegro initial, la Coréenne réussit à concilier verve et lyrisme pour une lecture qui sait mettre en lumière le romantisme puissant de l’œuvre. A nouveau, l’interprétation sera servie par une technique fabuleuse : précision des attaques, capacité à faire sonner chaque note de façon adéquate, virtuosité presque sans faille – à peine quelques traces de fatigue dans le final.

Evidemment, on fera remarquer que l’opulente sonorité de son instrument, un splendide Panormo de 1811, n’est pas pour rien dans cette réussite. Mais il y a bien plus : phrasés d’une élégance voluptueuse, palette de nuances apparemment infinie, ce n’est plus la même candidate qui fait face à la salle. Seugmin Kang a désormais le visage détendu, les yeux tantôt fermés, tantôt regardant vers la voûte de la salle. Et si la soliste reste en communication régulière avec le chef, les regards se font plus rares, moins anxieux et plus complices. La tête se rejette en arrière, et c’est tout le corps qui, peu à peu, épouse les mouvements de l’archet.