Concours Reine Elisabeth: JeongHyoun (Christine) Lee, la force et la grâce (VIDEO)

Deux cordes cassées mais un concerto très classieux

Martine D. Mergeay

Deux cordes cassées mais un concerto très classieux.

"Sublimation" de Toshio Hosokawa, une introduction passionnée, un pizz frappé avec énergie et un grand sourire embarrassé... Quoi que nous réserve la suite du concert, cette quatrième soirée de finale restera dans les mémoires pour la violence avec laquelle la frêle Coréenne JeongHyoun (Christine) Lee, 25 ans, cassa tout net et d'entrée de jeu non pas une mais deux cordes de son violoncelle... 

Occasion pour le chef Stéphane De Nève de s'adresser au public, à la reine et au jeune prince avant de se retirer avec la jeune musicienne pour arranger tout ça ! Il est probable que l'incident influença le jeu de Christine Lee, en tous cas dans cette fameuse partie solo inspiré par le koto - où, en dépit des pressions sur la touche, l'on attendit en vain les résonances annoncées - ainsi que dans les épisodes requérant la puissance (il n'en manque pas). Faute de réelle liberté, l'allègement sonore et la progressive fusion avec les timbres de l'orchestre s'en trouveront à leur tour compromis, dégât collatéral prévisible dans une œuvre où le travail sur le son est central.

La jeune musicienne est la seconde (avec le Chinois Siaho He) à avoir choisi le concerto de Schumann en la mineur, op. 129, œuvre à la fois délicate et athlétique, dans laquelle elle instaure d'emblée un climat très personnel, suivie avec attention par un Stéphane De Nève soudain prêt à baisser le son... 

Les sonorités de Christine sont très travaillées - lumineuses, modulées (parfois trop) et d'une justesse parfaite- et la conduite semble toujours le fruit d'une fine élaboration. Accompagnée avec subtilité par les cordes de l'orchestre, la partie centrale, Langsam, de ces trois mouvement enchaînés prendra ainsi un caractère suspendu, raffiné, aux limites du sentimental, peut-être, mais d'un charme fou. 

Quant au finale, indiqué Sehr lebhaft, la musicienne y évitera les habituels pièges - rythmique sommaire, accents abusivement populaires - pour privilégier une approche vive et poétique, alla Mendelssohn plus qu'alla Schumann, mais, une fois encore, menée de façon cohérente et convaincante.