Concours Reine Elisabeth: Canon-Valencia, solide mais pas bouleversant (VIDEO)

Le premier finaliste colombien de l’histoire du Concours confirme une maîtrise impeccable.

Nicolas Blanmont

Le premier finaliste colombien de l’histoire du Concours confirme une maîtrise impeccable.

Tout au long des trois semaines d’épreuve de ce premier Concours Reine Elisabeth pour violoncelle, on aura admiré dans le programme la photo d’un Santiago Canon-Valencia façon play-boy, lunettes fumées, chevelure sous les épaules et sourire désarmant. Mais, à chacune de ses apparitions sur scène, on l’aura vu plutôt sérieux, avec des lunettes d’intello et les cheveux impeccablement tirés en arrière dans un austère chignon. 

Détail sans importance ? Sans doute, mais c’est la première pensée qui vient à l’esprit pendant sa lecture de "Sublimation". La faute n’en incombe pas au candidat colombien, irréprochable techniquement et capable comme peu d’autres de faire sonner chaque passage de la partition. Mais on en vient à se dire – après dix exécutions sur douze – qu’il n’est pas possible d’exprimer grand-chose dans l’imposé de cette année, fût-il signé d’un grand nom de la musique contemporaine. 

On se concentre donc sur l’orchestration – décidément splendide – ou sur l’anecdote : là où Christine Lee avait cassé deux cordes la veille, Canon-Valencia perd un instant son archet, expédié en contrebas de son estrade par le bras fougueux de Stéphane Denève. Heureusement, c’est pendant un moment de silence du soliste, et un spectateur du premier rang le lui ramasse et le lui tend. Ni vu ni connu.

C’est donc une fois encore le "grand" concerto qui constituera le moment déterminant de la prestation. Le mi bémol majeur op. 107 de Chostakovitch à nouveau, un choix qui suscite des attentes particulières chez un artiste qui, en demi-finale, avait donné une mémorable interprétation de la sonate en ré mineur du même compositeur.

Techniquement, le Colombien ne déçoit pas : sa maîtrise est souveraine, et son instrument – signé Wayne Burak, un facteur texan contemporain – sonne superbement. Mais, si chacun des quatre mouvements trouve le ton juste, si les attaques sont nettes et précises, si l’étendue des dynamiques semble idéale, on reste un peu sur sa faim : là où d’autres ont, dans le même concerto, donné toute leur âme et ont serré la gorge du public, le Colombien contrôle tout, mais semble moins investi.