Concours Reine Elisabeth: la voix sensible et puissante de Bruno Philippe (VIDEO)

Un trésor d'émotions et les moyens de les exprimer.

Martine D. Mergeay
Concours Reine Elisabeth: la voix sensible et puissante de Bruno Philippe (VIDEO)
©BELGA

Un trésor d'émotions et les moyens de les exprimer.

Avant dernier soir de finale, c'est Le Français Bruno Philippe, 23 ans, qui ouvre le concert, en présence du prince Laurent et la princesse Claire. Le musicien fait partie des personnalités qui, depuis le premier tour se sont imposées par l'heureux mélange de maîtrise technique, d'imagination et de liberté qui font d'un interprète un artiste à part entière. 

Les sonorités ont toujours été franches, claires et puissantes, et c'est bien ainsi que on le retrouve dans Sublimation de Toshio Hosokawa, abordé avec une extrême rigueur, une minutie dans les détails rarement rencontrée jusqu'ici mais mené dans le mouvement plus que dans la recherche de couleur ou d'ambiance. C'est au cours des fameux "pizzikotos" (Nicolas Blanmont) que le climat poétique s'invite et que les sonorités commencent à s'organiser entre l'orchestre et le soliste, jusqu'à la fusion finale qui restera assez objective.

Bruno Philippe a choisi le concerto op. 104 de Dvorak, le quatrième et dernier de cette semaine, et dont on comprend d'emblée qu'il s'inscrira dans un tout autre registre que celui entendu hier par Yuya Okamoto. La "voix" de Bruno Philippe est magnifique, pleine, brillante, capable de transmettre toutes les émotions suscitées par cette formidable partition dont on peut rappeler qu'elle fut la dernière composée aux Etats-Unis par son auteur qui ajouta, dès son arrivée en Europe l'ultime et poignant thème du finale, à la mémoire de sa belle-sœur qui venait de mourir. 

S'appuyant sur le pouvoir mélodique du compositeur, le jeune Français fait de ce concerto une fresque épique où se déploie à plein la puissance et la chaleur de ses ses sonorités, la juste tension de ses phrasés, et l'infinie dynamique de nuances qui lui permettront d'être toujours dans un rapport équilibré et expressif avec l'orchestre. L'adagio est déployé comme une immense aria - sans que jamais la tension se relâche - avant que le finale relance un nouvel épisode de la formidable aventure, avec son ultime parenthèse tendrement mélancolique et son éclatante conclusion. Du grand Dvorak, mené avec engagement et maîtrise.