Concours Reine Elisabeth: le génie Karizna, fidèle au rendez-vous (VIDÉO)

Nicolas Blanmont

Le candidat biélorusse ne déçoit pas les attentes. Ivan, du rêve !

Après le traditionnel mot de remerciement à l’orchestre des finales et à son chef – il est vrai que le Brussels Philharmonic et Stéphane Denève n’ont pas démérité tout au long de la semaine – on retrouve enfin celui que tout le monde attend : Ivan Karizna, dont le fabuleux Haydn de demi-finale est encore dans toutes les mémoires de ceux qui l’avaient entendu à Flagey.

Si le Biélorusse de 25 ans évoque, au premier contact, un grand nounours doux (voire un Gérard Depardieu jeune), « Sublimation » va révéler sa capacité de transformation : il traverse l’imposé comme une transe. Tout, chez lui, est en mouvement : ses cheveux qui vibrent au rythme de son archet, sa bouche qui s’ouvre, gourmande, comme pour inspirer l’air produit par les vibrations de ses cordes et même, pendant les moments où il ne joue pas, son bras gauche qui semble prêt à diriger l’orchestre.

La complicité avec Stéphane Denève est patente, et le candidat semble vivre chaque note jusqu’au fond de lui-même, même si elle émane de ses collègues de l’orchestre. Karizna a même trouvé la solution pour faire véritablement sonner les pizzicati centraux comme un koto japonais : il ne pince pas les cordes avec ses doigts, mais avec ce qui – vu de loin – ressemble à une carte de plastic blanc (le badge de sa loge ?) dont il se sert comme d’un plectre.

L’extraordinaire Biélorusse attaque ensuite l’Allegretto du concerto en mi bémol majeur op. 107 de Chostakovitch avec la même générosité. C’est avec un large sourire et, presque, l’air de raconter une bonne plaisanterie qu’il joue le fameux motif signature de quatre notes. Mais le candidat habite à ce point la partition qu’il passe du rire aux larmes dès l’entrée du Moderato. Un vrai Moderato, et non un Adagio : on est dans la mélancolie plus que dans la tristesse, avec un travail très subtil sur les nuances et une pudeur contenue. La cadence est puissante et sobre à la fois, et le final dantesque à souhait, mais sans jamais verser dans la caricature.

Karizna est un modèle de plénitude et de sincérité. Il vit et respire la musique par tous les pores de sa peau. Accolade chaleureuse avec Stéphane Denève et ovation debout immédiate de toute la salle. Le prix du public lui semble déjà acquis. Seulement celui-là ?